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« Il faut passer aux actes. S’engager n’engage à rien »
Rencontre avec Gilles Billot, secrétaire régional d’Europe Ecologie les Verts Lorraine

 

Au cours du Green Forum de ce samedi 5 octobre, nous avons rencontré Gilles Billot, secrétaire régional d’Europe Ecologie Les Verts Lorraine. Ce garde-forestier et ancien conseiller municipal évoque avec nous l’écologie à l’échelle nationale et européenne.

 

Der Parvenu: Quel regard porte votre parti sur la politique écologiste actuelle du gouvernement ?

Gilles Billot : Aujourd’hui, le gouvernement Philippe sous la présidence Macron n’a absolument rien d’écologiste, ne fait rien pour l’écologie et ne donne aucun signe favorable aux milieux écologistes.

 

N’avez-vous rien vu de positif en matière d’écologie dans leur programme initial ?

Le programme électoral du Président Macron évoquait la même chose que celui des autres partis. On y trouvait une volonté d’agir, de respecter les engagements de baisse du nucléaire, de lutter contre les gaz à effet de serre, de baisser les pesticides, etc. L’un des termes fréquemment employé par le gouvernement macroniste est « Nous nous sommes engagés à… ». Ce que nous voulons lui dire, c’est qu’il ne suffit pas de s’engager. Il faut passer aux actes. S’engager n’engage à rien.

 

Pensez-vous que cela explique la récente démission de Nicolas Hulot du poste de ministre de l’écologie ?

Bien sûr. Nicolas Hulot, le lendemain de sa démission était immédiatement très critique et très virulent envers le gouvernement et le président, en disant qu’il n’avait aucun moyen d’action, qu’il ne pouvait rien faire.

 

Que pensez-vous de François de Rugy, le nouveau ministre de l’écologie ?

J’ai eu la chance de le fréquenter au sein d’EELV puisqu’il a été député écologiste de Nantes durant plusieurs mandats. Ce n’est pas un rebelle et il a été choisi pour succéder à quelqu’un qui voulait vraiment faire de l’écologie et qui n’a pas réussi. Ainsi, il a pris ces fonctions pour avaler les couleuvres que Nicolas Hulot ne pouvait plus avaler.

 

La politique écologiste du gouvernement pourra-t-elle s’améliorer jusqu’à la fin du mandat présidentiel ?

Non, jusqu’à la fin du mandat il n’y a absolument rien à attendre de ce gouvernement. Il n’est même pas capable de fermer la centrale de Fessenheim. Il y a 58 réacteurs nucléaire en France ! Fermer Fessenheim serait une décision politique et un véritable acte écologiste du gouvernement. Cependant, encore une fois, rien n’est fait !

 

Quels sont les enjeux et objectifs d’EELV pour les élections européennes à venir ?

L’enjeu majeur du parti est de compter des élus écologistes français au sein du groupe parlementaire Les Verts/Alliance Libre Européenne. Notre volonté première est de renforcer notre présence au sein du Parlement Européen car c’est là que beaucoup de décisions importantes au niveau écologiste se prennent. Ces dernières influent sur la politique française. Je pense par exemple au glyphosate.

 

Pensez-vous qu’il est possible que la France s’aligne à l’efficacité écologiste de certains pays européens, notamment nordiques ?

Cela est tout à fait possible, à condition de sortir du dogme qui préside depuis 50-60 ans en France. Il énonce que seulement une caste spécifique de la population est en mesure de décider et de mettre en place les politiques écologistes nationales. Nous sommes aujourd’hui confrontés à de nombreux lobbys qui font la politique en France. Aucune décision ne peut être prise s’ils ne sont pas satisfaits. Si le système change et qu’il se focalise sur le bien-être des Français plutôt que sur celui d’EDF, l’idéologie se métamorphosera et les avancées seront possibles. Les pays nordiques ont mis en avant d’autres priorités, comme le bonheur des habitants. En France, ce n’est toujours pas le cas.

 

Au niveau des prochaines élections présidentielles, pensez-vous qu’il est possible qu’une nouvelle alliance entre les partis de gauche -dont EELV- émerge ?

Une nouvelle alliance de type Jadot-Hamon est envisageable à une seule condition : qu’il n’y ait aucune tentative de reconstruction de la « vieille gauche ». Vouloir nostalgiquement reconstruire la gauche plurielle des années Mitterrand n’est pas le but. Néanmoins, si des partis de gauche avec qui nous partageons des valeurs et des projets communs veulent former une alliance, l’idée pourrait être bonne. En aucun cas, nous ne voulons satisfaire des égos. Ainsi, ce type de projet doit être construit en amont. Il devrait même déjà être en cours de négociation pour qu’il puisse fonctionner.

 

Le parti vert allemand mélange beaucoup d’horizons politiques. Être écologiste en France, est-ce forcément être à gauche de l’échiquier politique?

Les systèmes électoraux allemand et français diffèrent. En Allemagne, une fois les candidats élus, une coalition est créée. Ainsi, il est possible de voir des écologistes, des sociaux-démocrates et même des libéraux s’unir en trouvant des points de convergence dans leurs programmes respectifs. Ils bâtissent un programme commun après l’élection et peuvent être efficaces ensemble. En France, ce programme unifié est élaboré avant l’élection. Néanmoins, au sein même d’EELV, on trouve une aile gauche et une aile droite. Notre défaut est la désertion en cas de désaccord : certains membres préfèrent partir et créer leur propre parti plutôt que de se focaliser sur toutes les choses que nous avons en commun. Cela est relativement facile avec les gens de gauche car nous partageons beaucoup de valeurs : l’humanisme, le social. Les partis de droite sont plus divergents. EELV est donc plus à gauche qu’à droite, mais il ne se revendique pas comme un parti irrémédiablement de gauche.

 

Mettre en place des politiques à la fois de gauche et de droite n’est donc pas impossible pour EELV ?

Non. Tant que nos politiques se focalisent sur le bien-être des habitants et sur l’écologie et non pas sur la satisfaction des entreprises du CAC40, il est tout à fait envisageable de mener ce genre de politiques. Il y a des membres d’EELV qui travaillent très bien avec des exécutifs de droite, même quand ils sont minoritaires. Je citerais le cas de la région Alsace. Les écologistes avaient une très bonne écoute des partis majoritaires de droite. Si le respect des élus et des électeurs est présent, un travail en commun est positif.

 

Propos recueillis par Eva Marxer