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« L’environnement est un grand enjeu. Nous voulons changer toutes les règles. »
Rencontre avec Jean-Philippe Tanguy, délégué national de Debout la France

 

Au cours du Green Forum, Le Parvenu a pu rencontrer Jean-Philippe Tanguy, délégué national de Debout la France, en charge des projets et de la stratégie.

 

Der Parvenu : Que pensez-vous d’événements tels que le Green Forum ? Pensez-vous qu’il est important que les étudiants s’engagent dans l’écologie ?

Jean-Philippe Tanguy : Ce genre d’événement d’initiative étudiante est, en effet, intéressant. Je suis très inquiet du désengagement des jeunes en général, particulièrement au niveau de l’action collective à grande échelle. Ils cherchent à être utile à la société de manière concrète et immédiate et s’engagent dans des associations à l’échelle locale. Ce n’est pas une critique, car cela est très important. En revanche, cela illustre bien le renfermement de l’action politique sur le petit secteur. D’ailleurs, les gens pensent qu’il est possible de résoudre les problèmes relatifs à l’écologie localement, ce qui est inquiétant. Je ne dis pas qu’il ne faut rien faire, évidemment. Toutefois, le local n’est pas LA solution. Les actions pro-environnementales de Notre-Dame-des-Landes par exemple étaient utiles, mais elles n’empêcheront pas le réchauffement climatique. Aujourd’hui, les autres partis politiques détournent l’attention du public des vrais sujets relatifs à l’environnement.

 

Der Parvenu : Quelle place aura l’écologie au sein de la campagne présidentielle de DLF en 2022 ?

J-P.T. Notre programme est bâti autour de deux piliers : la souveraineté du peuple et la préservation de l’environnement à travers la question sociale. Pour nous, les deux vont ensemble. La mondialisation a aggravé les questions sociales et environnementales car tous les efforts que les démocraties avaient faits à partir des années 80 (moins de pollution entre autres) ont été mis à mal par la montée en puissance des multinationales. Aujourd’hui, 20% du PIB de la France relève de l’importation, et cela représente 30% de la pollution du pays. Je n’aime pas l’idée que l’on adopte des lois punitives envers la population pour que les citoyens  changent leur comportement. Ils consomment ce qu’on leur propose. On ne pointe jamais le doigt sur les multinationales.

 

Der Parvenu : Quelles sont donc vos propositions concrètes ?

J-P.T. Nous proposons, à Debout La France, une Europe des coopérations. Nous considérons qu’il n’y a pas besoin de bureaucratie qui réglemente tout. L’environnement est un grand enjeu qui découle de cette idée. Nous voulons changer toutes les règles. Cela passe par la fin du libre-échange, mais aussi par la régionalisation du commerce et de la production. Nous voulons aussi mettre en place un grand partenariat avec l’Afrique pour éviter que son développement ne soit semblable à celui de l’Asie.

 

Der Parvenu : Vous ne croyez donc absolument pas à l’engagement des entreprises dans l’intérêt collectif ?

J-P.T. Pas du tout. Après plusieurs années passées à travailler dans l’industrie, je peux vous assurer que le seul but d’une entreprise est de faire de l’argent, des bénéfices. Évidemment des entrepreneurs individuels peuvent avoir certaines valeurs et agir dans l’intérêt commun. Cependant, notamment à partir du moment où l’entreprise est cotée en bourse, elle n’agit plus en « green value », mais bien en « most value », à la recherche de bénéfices. Je ne crois absolument pas à l’engagement spontané des entreprises, elles ne font que retarder l’action écologique. J’irai même plus loin : je pense que les industries retardent la transition écologique et technologique. En effet, la valeur d’une entreprise est aujourd’hui définie par ses brevets et les marges qu’elle en retire. Celles-ci s’inscrivent dans la durée. Donc plus un brevet dure, plus il est rentable et rapporte. Les entreprises préfèrent donc mettre de côté les brevets non polluants et rentabiliser au maximum les actuels, plus dangereux pour l’environnement.

Je conclue donc que la logique capitaliste et libérale n’est pas compatible avec l’environnement, et c’est d’ailleurs ce qu’a signalé Nicolas Hulot lors de sa démission.

 

Der Parvenu : Pensez-vous qu’il est possible d’investir les entreprises dans l’écologie, par des incitations financières, à l’image des pays du Nord par exemple qui réduisent les taxes en fonction du recyclage de la société.

J-P.T. Oui, c’est une bonne idée. Il est nécessaire d’inciter et encourager la transition. Il faut également mettre en place la filière industrielle de la transition écologique et du recyclage. C’est ce qu’ont fait les pays du Nord en mettant en place un vrai prix au carbone, réellement à la hauteur de son coût pour la société. Nous avions d’ailleurs des propositions d’incitation similaires durant les dernières présidentielles. Cependant, il y a également des choses que je trouve inacceptables et qui sont inconciliables avec le projet écologique ; par exemple, instaurer des normes de production en France ou encore importer des produits qui n’y répondent pas et qui sont vendus moins cher.

Chez Debout la France, nous sommes donc très radicaux sur la question écologique.

 

Der Parvenu : Les accords mondiaux négociés dans les COP par exemple ne sont pas efficaces selon vous ?

J-P.T. Nous avons salué les COP et particulièrement la COP 21. En France, nous ne défendons pas la politique du pire et sommes ravis que des conférences se passent bien et que des accords soient signés. Mais je crois que les dirigeants gagnent du temps et qu’il ne se passe en fait rien. Ces grands événements ne parlent pas des vrais sujets. Ils veulent changer le comportement de chaque individu, limiter la surconsommation etc. Je pense que c’est une mauvaise analyse. Prenons l’exemple de la Lorraine : les citoyens ne surconsomment pas. L’habitant type en Lorraine est près de sa bourse. L’essence est hors de prix, chaque voyage remis en question. On pourrait presque parler de sous-consommation ! En face, les dirigeants qui décident des systèmes de production ont un mode de vie surréaliste.

 

Der Parvenu : Quelle est la cause de cette ambivalence ?

J-P.T. Je pense que le problème ne vient pas de la consommation générale des occidentaux mais bien de la consommation générale des systèmes de production. Il ne s’agit pas d’instaurer des taxes sur le diesel et le gazole pour que les individus limitent personnellement leur consommation, comme le défend La République En Marche. Il faut faire un choix de société : décider de ne vendre que des voitures électriques et hybrides, comme en Norvège, par exemple. Nous ferions un réel choix de civilisation. Alors que l’on presse sans cesse les particuliers à changer du jour au lendemain leur mode de vie, sur l’automobile par exemple, les grandes entreprises ont, elles, vingt ans pour changer. Les individus au pouvoir ne veulent pas faire face aux lobbys : les multinationales, la finance, qui n’ont que faire de l’écologie. Ce sont eux le vrai problème à affronter.

 

Propos recueillis par Thibault Michelin et Eva Marxer