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À voir - Mektoub, my love : canto uno
Le sixième long-métrage d’Abdellatif Kechiche, librement inspiré du roman La Blessure, la vraie de François Bégaudeau, est sorti en salles le 21 mars, cinq ans après que le réalisateur ait reçu la palme d’or à Cannes pour La Vie d’Adèle.

 

Eté 1994.
Amin, artiste solitaire consacrant son temps à l’écriture de scénarios de science-fiction et à la photographies, quitte Paris où il tente de percer pour rentrer chez lui, à Sète, le temps de l’été. Il y retrouve son cousin, Tony, et sa meilleure amie , Ophélie, auxquels s’ajoutent Céline et Charlotte venues en vacances. La joyeuse bande se balade entre bars, plage et boîtes de nuit, laissant s’installer dans l’insouciance des jours d’été un marivaudage voluptueux entre les différents personnages.

Véritable célébration des femmes, de leurs corps, Mektoub, my love nous plonge directement dans un univers dont à la sensualité débordante. En témoignent de longs plans sur les corps des femmes et notamment sur celui d’Ophélie Bau, nouvelle muse du réalisateur. Pour autant le personnage principal reste Amin : c’est son regard qui se pose sur les événements, sur les personnes -femmes et hommes- qui l’entourent, sur leurs corps. Ce sont ses désirs qui se ressentent au travers de la caméra. C’est son incapacité à les gérer et à les communiquer qui empêche leurs concrétisations charnelles tout au long des trois heures que dure le film, ce qui peut frustrer le spectateur. Le film est en cela remarquable qu’il retrace avec la sincérité la plus pure et la liberté la plus totale la présence du désir chez un jeune homme plutôt en retrait, qui se retrouve face à des jeunes femmes bien plus à l’aise avec leurs désirs et avec elles-mêmes.  

Si de prime abord, l’intrigue peut sembler assez simple, elle se complexifie par les silences et les espaces que laisse Abdellatif Kechiche, laissant la voie ouverte à des dizaines d’interprétations possibles… D’autant plus que le film est inondé par la lumière méditerranéenne, qui, épousant les corps des personnages, floute et aveugle même leurs sentiments et désirs voués à l’inconstance et l’incertitude.

Bien sûr, on pourrait dire que Kechiche fait du vu et du revu. Il utilise les mêmes instruments depuis ses premiers films: plans champs contre champs, dans des séquences tournées parfois pendant plusieurs heures pour en tirer la quintessence du moment, d’une émotion. On retrouve dans Mektoub my love le marivaudage déjà présent dans l’Esquive et les scènes de sexe sans filtres de La Vie d’Adèle. On reconnaît d’emblée le style si singulier du réalisateur, ses thématiques récurrentes comme le désir, l’amour, l’incapacité à communiquer, les milieux populaires… Mais comme à chaque fois, on se laisse emporter dans l’univers de Kechiche parce qu’il parvient à nous faire vivre ses films, il parvient à briser la barrière de l’écran en faisant du vrai cinéma. Mektoub, my love : canto uno fait partie des films qui restent en nous des jours après visionnage. C’est un chef-d’œuvre qui célèbre la jeunesse, l’amour, le désir, bref tout ce qui constitue la vie et qu’il faut aller voir, absolument.  

PS:  Le deuxième volume du diptyque devrait sortir en septembre…

 

Par Margaux Appel