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Éditorial de la 7ème édition

Cet éditorial est volontairement engagé et subjectif. Si le point de vue vous déplait, allez en discuter directement avec son auteur. Il contient également des spoilers pour Moi, Daniel Blake (sorti en salles le 26 octobre). Merci pour votre compréhension.

La digue cède, les larmes s’échappent de mes paupières et laissent sur ma joue une empreinte salée et amère. Ce vendredi soir, je viens de manger au restaurant avec mes parents après avoir acheté de très beaux livres reliés. La douce atmosphère niçoise, où se mêlent miel et embruns, réchauffe les cœurs. Mais nous ous sommes allés au cinéma voir le dernier Ken Loach : maintenant, j’essuie les larmes d’un revers honteux, et je ravale mes mots. Quand je vois une Ferrari rouge passer, je détourne le regard, par dégoût. Trop de sentiments se livrent une bataille acharnée, dans un tourbillon de colère, de honte, de révolte, de tristesse, mais avec également des notes d’espoir et d’amour. Pourquoi?

Because Daniel Blake, the 59-year old sick widower, should not have died of a heart attack just before receiving his sickness benefits. Because Katie, the single mother, should never have felt obliged to sell her body to strangers to buy her children fresh fruit. Because Sheila, the job center Welfare Benefits Advisor, should never have had to threaten anyone with cutting their pension and alimonies. And because Ken Loach should never have produced such a movie. Not because it was bad, quite to the contrary; but because the reality which he depicts should not exist. And I believe that if anyone left the cinema after watching this movie without feeling a deep, desperate cry for social justice, this person is not human.

Es ist einfach, diese Problematik der Ungleichheiten, des geradezu inhumanen Umgangs des Staates mit den Prekären und Schwachen, zu verdrängen. „Die sind ja selber schuld!“, „die müssten mehr arbeiten!“, „Respekt dem Vaterland gegenüber sollen sie zeigen, sonst bekommen sie von uns gar nichts!“… Solche starken und schädlichen Äußerungen hört man im Alltag, sogar hier am Kampus. Ausländer, Arme, Kranke, Marginalisierte: Ob in Frankreich oder in Deutschland, immer mehr werden sie Ziel eines Hasses, dem heute freien Lauf gegeben wird. „Pauvrophobie“, so wird dieses Phänomen von ATD Quart Monde genannt. Und man muss nur um sich schauen, um von dessen Pertinenz überzeugt zu sein. Migranten, die wie das Vieh in Busse von schwerbewaffneten Polizeimänner gedrängt werden. Städte, die Bänke mit Nägel bekleiden, um Obdachlose fernzuhalten. Asylanten- und Sozialheime, die jede Woche (sogar im 16e Arrondissement) in Brand gesteckt werden. Politiker, die Armut und Migration zum Sündenbock ihrer eigenen Identitätskrise machen… Der arme, manchmal verzweifelter Mensch, der ja nur nach Arbeit fragt- und sucht! -, der wird als Zecke, als Trittbrettfahrer, als Belastung charakterisiert.

Les classes supérieures, les élites « républicaines », qui elles n’ont pas à craindre la précarité et la misère, profitent bien de ce phénomène. Elles font des forces de police des chasseurs de pauvres, et utilisent le désespoir des uns pour marginaliser ceux qu’elles désignent comme fléaux : les pauvres, les SDF, les arabes, les immigrés, les roms, les tziganes. Il est simple pour eux de pointer du doigt, d’oublier leur responsabilité d’hommes (et parfois aussi de femmes) d’Etat. Mais une démocratie, ce n’est pas la tyrannie de la majorité, où le peuple est tourné contre le peuple. Un système qui enfonce ceux qui ont besoin d’aide, c’est une société en déliquescence morale, d’hypocrisie et d’égoïsmes dévoilés au grand jour. C’est une carcasse ensanglantée et puante, où les charognes se nourrissent des restes de la solidarité et de l’Etat providence.

Cette curée devrait tous nous dégoûter, nous, jeunes diplômants, souvent aisés, au futur radieux. Je ne cherche pas à vous faire culpabiliser, loin de là. Mais nous avons tous une chance, des opportunités, qui rendent possible notre engagement. Car le SDF puant que nous croisons, le noir qui nous fait changer de trottoir, ne valent pas moins que nous. Nous avons tous un devoir, en tant que jeunesse éclairée et bien-portante, en tant que futurs responsables, en tant qu’humains. Les gestes sont simples. Une bouteille d’eau, une couverture, un sandwich, peut aider un SDF à survivre cet hiver. Un regard plus humain pendant la prise de décisions, qu’elle soit en politique, en économie, en journalisme, peut changer la vie de milliers d’individus. Chaque geste, chaque parole, entraîne notre responsabilité morale. Et chaque regard méprisant enfonce un peu plus notre société dans son cercueil.

Cette édition du Parvenu, véhicule, je l’espère, notre intention de pointer du doigt quelques réalités sociales. Sans jamais vouloir être exhaustifs, nos articles vont vous faire réfléchir sur les sujets de la pauvreté, de la haine, de l’intégration, et de la manipulation politique.

Ich wünsche dir, liebe(r) Leser(inn), ein nicht zu angenehmes Lesen.

Philippe Pernot