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Cause toujours, réflexion sur les inégalités hommes femmes

« Cause toujours » ; une réflexion sur la persistance des inégalités hommes-femmes.

J’ai pendant longtemps eu la certitude que si j’étais parfois traitée de manière inférieure dans un débat ou une réunion, c’était que je n’osais pas assez. Aujourd’hui, n’importe qui m’ayant quelque peu côtoyée vous dira que je parle fort, et que je n’ai pas peur de participer et donner mon avis sur un sujet quelconque. Je me suis abreuvée de livres de développement personnel, de vidéos intitulées #Girlboss, de citations appelant à arrêter de s’excuser pour un rien, d’être ambitieuse... Le fameux poster de la femme forte gonflant le biceps et affirmant « We can do it », c’était moi (et ça l’est toujours un peu).

Mais qu’entend-on exactement par « nous pouvons le faire » ? Ce fameux poster, devenu un symbole du féminisme, était une affiche de propagande américaine appelant les femmes à participer à l’effort de guerre. Le message de l’affiche est simple : Rosie (car elle a un nom), a peur de ne pouvoir assumer le travail d’usine que les hommes ont laissé abandonné. Son affirmation est la suivante : ce qu’un homme peut faire, elle le peut également. La réalité n’était bien sûre pas aussi belle : ces femmes souvent mères célibataires étaient presque toujours payées moins, et subissaient au retour des vétérans la pression de laisser le travail aux hommes et retourner au foyer.

Concentrons-nous sur l’affirmation, toujours d’actualité, qu’une femme « est capable de faire tout ce que les hommes font ». Mais que font ces hommes, au juste, et est-ce réellement une bonne chose que de les imiter ?

Car si l’on parle de jouer au foot (ô religion divine), je ne peux en tant que gardienne qu’approuver ce message. Mon seul souci : oui, mais je ne serais pas payée autant... même si je suis l’équipe nationale la plus titrée historiquement (les USA). « C’est que les femmes n’osent pas demander d’augmentation », me direz-vous. On accuse effectivement le manque de confiance en soi et d’audace d’être les causes principales de cet écart. Cependant, de nouvelles études1 menées suggèrent que suivant les branches, les femmes osent demander ; mais elles n’obtiennent simplement pas. Le foot est un bon exemple : cela fait maintenant depuis avril 2016 que cinq joueuses américaines se battent pour obtenir l’égalité salariale, alors que l’équipe masculine cumule les défaites (pour lesquels ils sont d’ailleurs payés, contrairement à leurs homologues féminines).

Ecartons la recherche, et continuons sur l’hypothèse que nous exigeons moins. Ce que nous faisons donc faux, c’est d’avoir trop de considérations, de ne pas oser assez, d’avoir peur de sembler déplacées. Mais est-ce réellement une bonne chose que de tenter d’arriver à ce standard ? Car le message passé est bien de s’adapter aux standards masculins. Quand a-t-on décidé qu’ils étaient ceux moralement et socialement acceptables ? Surtout qu’une femme qui ose est vite perçue comme menaçante, source d’une « féminité frustrée ». Le paradoxe devient effectivement frustrant ; c’est à nous de nous améliorer ; mais ce faisant, nous piétinons ces valeurs féminines de respect et d’égard qui semblaient négatives à la base.

Et quel message cela envoie-t-il aux garçons et hommes ? Car jamais on ne dira à un garçon qu’il peut être « tout ce qu’une fille est », car il s’agirait là d’une parfaite émasculation. En quoi montrer de la considération et se soucier d’autre chose que de soi-même rendrait-il un homme fragile ? Le contraire est la définition même du rustre. Les valeurs féminines ne peuvent être propres qu’aux femmes, mais les emprisonnent dans leur condition en ce qu’elles les empêchent d’avancer dans leur condition.

Il est de ce fait urgent de commencer à percevoir la féminité sous un autre angle. Les affaires de #Balancetonporc, de harcèlement dans les rues, ou l’omniprésence d’hommes non-concernés sur les plateaux TV lors de débats sur le voile illustrent que le problème n’est pas le manque d’audace des femmes ; mais bien l’excès de confiance des hommes, et du fait que lorsque nous prenons la parole, nous restons ignorées. Il n’est aujourd’hui pas du devoir des femmes de prendre place à la table des négociations, mais bien aux hommes de reculer et enfin nous faire de la place.

Caroline DALHEIMER