Facebook
  • Politique
Devons-nous encore faire confiance aux médias?

 

“Journalopes”. Voilà l’un des derniers termes utilisé pour désigner la sphère médiatique. Les médias sont quotidiennement la cible d’injures visant à les décrédibiliser. Nous remettons perpétuellement en cause la véracité et l’utilité des informations qu’ils nous partagent. Pourtant, nous voulons être au courant de tout, tout le temps. Le buzz est notre pain quotidien. Mais devons-nous encore croire tout ce qu’ils nous disent ?

Pas un jour ne passe sans que le phénomène ne se reproduise. Les médias tentent de s’arracher les mots d’un politicien en vogue, les informations s’accumulent de manière abusive ou une panoplie de Fake News agitent la toile. Il devient presque impossible de s’assurer de la véracité d’un fait, tant les plateformes médiatiques se démènent pour se démarquer. Qui détiendra le scoop de la semaine ? Qui vendra le plus de numéros en révélant des détails inédits sur la vie d’un individu « au-dessus de tout soupçon » ? Le journalisme tend à informer, en reste-t-il pour autant efficace ?

9 janvier 2015. Les Français sont assis devant leur télévision, les yeux rivés sur la fusillade de l’hyper-cacher, Porte de Vincennes. Les journalistes commentent, informent, avertissent. Aucun d’entre eux ne semble se rendre compte que les éléments transmis pourraient être utiles aux terroristes en pleine action. En voulant faire leur travail, ce sont des vies humaines déjà menacées qu’ils ont mises en péril. Peut-on les blâmer pour cela ? Certains estiment qu’ils ne faisaient que leur travail, d’autres condamnent sévèrement leurs mots de trop. Ce sont d’ailleurs des mots qui peuvent bouleverser un pays en quelques heures. Il est évident que les médias ont aujourd’hui une influence notable sur l’opinion publique. Nous écoutons, nous tentons d’avoir notre propre opinion, mais nous suivons bien souvent la tendance générale. Cela nous fait peur, cela nous terrorise, cela nous interroge sur notre habileté à réfléchir par nous-même. Souvent, les journalistes ont raison. Heureusement d’ailleurs. D’autres fois, il s’avère que leurs informations sont erronées. Dans ce cas, les critiques fusent et les médias sont assujettis d’insultes. Nous nous promettons de prendre plus de recul. Pourtant, n’avons-nous pas cherché cette information? Ne voulons-nous pas, justement, tout savoir ?

Oui, les journalistes nous influencent. Oui, les journalistes ont parfois tort. Oui, s’ils n’étaient pas là, nous ne serions probablement pas baignés dans un monde si angoissant. Mais imaginons un instant un monde sans information. Un monde dans lequel chacun vivrait dans l’autarcie la plus totale. Imaginons-nous vivre sans jamais savoir pourquoi le prix de l’essence a augmenté, pourquoi notre train ne roulera pas aujourd’hui ou encore pourquoi il est nécessaire que, désormais, nous présentions notre carte d’identité à l’entrée de chaque bâtiment public. Accepterions-nous de ne pas avoir été mis au courant ? Ne crierions-nous pas au scandale ?

Certes, les médias nous donnent une vision subjective du monde. Mais que serions-nous sans eux ? Nous ne nous battrions sûrement pas autant contre la violence envers les animaux si nous n’avions pas vu de terribles images issues des abattoirs. De même, nous ne trierions peut-être pas tant nos déchets si nous n’avions pas été alarmés du danger que représente le réchauffement climatique. Finalement, nous ne serions probablement plus véritablement nous, si nous n’étions pas constamment informés de l’état du monde. Il est vrai que peu de gens sont aujourd’hui prêts à être submergés par l’information croissante de notre siècle. Pourtant, elle est inévitable et bien nécessaire. Nous avons besoin des médias car ils nous permettent de nous délivrer du microcosme dans lequel nous serions contraints de vivre sans eux. Nous devons savoir que le monde est dangereux, mais pas que. L’information n’est pas uniquement synonyme de connaissance. Elle est également le moyen pour chacun d’entre nous de se (re)connecter avec le monde.

Nous devons donc continuer d’accorder aux médias l’importance et la confiance qui leur est due. Toutefois, gardons notre objectivité face à l’information. N’oublions pas que derrière chaque mot et chaque article se cache un humain.

 

Par Eva Marxer