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Discussion avec Jochen Eisenburger, membre du Parti Vert Européen

 

 

Dans le cadre de la COP 54 organisée par Sciences Po Environnement, Der Parvenu a eu l'occasion d'interviewer Jochen Eisenburger, assistant parlementaire d'une députée allemande du Parti Vert Européen et vice-président de la Commission de la culture et de l'éducation.

 

Der Parvenu: Bonjour M. Eisenburger. Pouvez-vous vous présenter?

Jochen Eisenburger: Je m’appelle Jochen Eisenburger. J’ai fait un Master en Affaires Européennes à Sciences Po. Je suis aujourd’hui et depuis quatre ans assistant d’une députée européenne nommée Helga Trüpel, membre du Parti Vert Européen et vice-présidente de la Commission de la Culture. Je vis à Berlin, où j’ai un bureau au Bundestag. Je fais les liens entre les politiques au niveau européen et celles des Verts au sein du Parlement allemand. Je travaille surtout sur des thématiques culturelles et budgétaires.

 

Quelle est votre fonction au niveau européen?

En tant qu’assistant parlementaire, j’ai des missions très diverses: écrire des discours politiques, élaborer les positionnements du parti Vert vis-à-vis des propositions législatives de la Commission, négocier avec les autres partis, ou encore organiser et participer à des réunions avec la société civile ou les entreprises.

 

Pour quelles raisons avez-vous rejoint les Verts?

J’ai découvert l’écologie par-hasard, en rencontrant des gens luttant contre la déforestation en Tasmanie. C’est une cause que j’ai commencé à trouver très importante. Je me suis, par exemple, engagé pour le blocage de la construction de rues en Tasmanie. Cela m’a donné envie de travailler pour l’intérêt commun et m’a amené à rejoindre le Parti Vert Européen.

 

Êtes-vous en faveur d’une liste transnationale européenne au niveau de votre parti?

Oui, mais pas seulement au niveau des Verts. Je suis en faveur de listes transnationales pour tous les partis européens, car cela encourage un débat transfrontalier en Europe, aide à développer un public européen et à démocratiser et politiser les institutions européennes. En effet, en ce moment, je trouve qu’il y a une méconnaissance et un manque d’intérêt pour la politique européenne et son fonctionnement.

 

Quel regard portez-vous sur les autres partis verts nationaux à travers l’Europe?

Mon image des Verts est très certainement influencée par celle des Grünen, qui ont commencé par être très à gauche, anti systèmes. Depuis les premières élections européennes directes de 1969, les Grünen sont très établis. Ils sont, en effet, dans beaucoup de parlements régionaux allemands et ont même été au gouvernement avec les Sociaux Démocrates. En Allemagne, donc, nous sommes très institutionnalisés. Dans les autres pays, les Verts prennent souvent une position plus anti-establishment et cela est assez difficile pour nous. Toutefois, je vois qu’il y a beaucoup de valeurs partagées entre les mouvements verts sur les questions d’émancipation, environnementales, ou de politique climatique. Je sais que les Verts français ont été en transition et que ce n’était pas facile pour eux d’organiser leurs campagnes électorales. J’ai quand même beaucoup d’espoir qu’ils jouent un rôle important dans la politique française à l’avenir. Je suis très content du candidat Yannick Jadot qui est très explicite sur la politique des Verts français.

 

De quel côté politique se situent les Grünen?

En ce moment, nous nous donnons un label écologiste libéral et social. Ainsi, je pense qu’il est difficile de positionner les Grünen dans un spectre gauche/droite, même si nous sommes assez clairement de centre-gauche. Nous avons l’ambition de créer des alliances majoritaires et de prendre un rôle nouveau, comme dans le Baden Würtemberg qui a un ministre-président Vert. Nous essayons de nous ouvrir aux différents milieux électoraux car, pour l’instant, nous attirons majoritairement des gens diplômés avec un salaire élevé, souvent des jeunes et des femmes. Nous sommes conscients que si nous voulons mettre en oeuvre nos politiques, nous devons attirer les gens des régions rurales, ayant une fonction autre que cadre supérieur. Il faut formuler des offres pour eux et un langage accessible à tous.

 

Vous êtes spécialiste en politiques culturelles européennes: pensez-vous que l’Union Européenne octroît aujourd’hui suffisamment de budget à la culture?

Clairement, non. Nous faisons campagne pour augmenter le budget culturel. Le Europe for Citizens Program est LE programme pour faire comprendre le système européen aux citoyens, soutenir les échanges entre les villes et travailler sur une compréhension plus profonde de l’histoire européenne. Tout cela a pour objectif de développer une citoyenneté européenne. Nous investissons en ce moment moins d’un euro par citoyen européen pour la culture. Notre ambition minimum est d’avoir au moins 500 millions d’euros dans le plan budgétaire des sept prochaines années. Ce n’est pas énormément et nous pourrions être plus ambitieux. Toutefois il faut être réaliste: avec les conflits entre les Etats membre et la situation budgétaire actuelle de l’Europe, cela n’est pas possible.

 

Vous pensez donc que la culture est un pilier de l’Europe?

Oui. Je pense qu’il est important de développer plus de programmes et d’offres au niveau européen. On voit bien qu’il y a une fragmentation entre les différents pays aujourd’hui. Il y a un risque d’avoir une division entre le Nord et le Sud, l’Est et l’Ouest. Il est donc important de créer une certaine compréhension commune entre les citoyens au niveau culturel. Cela leur permettrait de se rendre compte qu’il y a beaucoup d’intérêts à agir ensemble et à choisir un futur commun. Nous voulons permettre aux gens de faire des expériences pratiques dans leur vie et dans un autre pays européen. Les populistes de droite font actuellement un lien très important entre la culture et leur identité nationale. Il faut vraiment avoir un concept contre ces mouvements populistes, qui défendrait une idée de culture plus ouverte, diverse et hétérogène en Europe.
 

Quels sont les enjeux majeurs de la culture au niveau européen dans les années à suivre?

Nous voulons élargir le programme ERASMUS pour permettre à chaque européen d’y participer, quel que soit son statut: élève, étudiant, en formation professionnelle ou travailleur. Pour cela, nous avons besoin de plus de financements. Les critères sociaux sont importants. Pour ouvrir le programme, il faudrait avoir des soutiens progressifs, adaptés aux moyens financiers des individus.

 

Comment lutter selon vous contre la montée des partis populistes en Europe?

En ce moment, on parle beaucoup des scandales et des propositions inacceptables des partis de droite et d’extrême droite. Le Parti Vert Européen offre d’autres alternatives, qui démontrent qu’en agissant ensemble et en mettant ensemble nos souverainetés, nous pourrons vraiment protéger nos intérêts et ceux des citoyens européens.

Le schéma populiste contre lequel nous nous battons est notamment celui du Royaume-Uni avec le Brexit. Les partis populistes y ont donné de fausses idées, un romantisme national qui n’est plus d’actualité. Dans un contexte de mondialisation, il faut se mettre ensemble au niveau européen pour protéger ses intérêts et garder sa souveraineté. La culture doit faire partie d’une réponse aux mouvements de droite. Elle nous ouvre une nouvelle perspective sur certains sujets, nous permet de nous confronter avec les contradictions dans nos sociétés et d’élargir nos perspectives vis-à-vis d’autres milieux. Nous devons donc prendre au sérieux ces partis mais y répondre par notre propre narrative, comprenant la défense d’une idée de culture démocratique et une société ouverte.

 

Ne pensez-vous pas que la promotion de la culture est prématurée, alors que des gens vivent encore sous le seuil de pauvreté en Europe?

Berthold Brecht disait: “Zuerst das Fressen, dann die Morale”. D’une certaine manière, cette affirmation est vraie. Il faut permettre aux gens de vivre dignement, de décider librement de leur manière de vivre. Néanmoins, je ne dirais pas que cela entre en concurrence avec la culture. Le social nous permet d’être dans une situation qui nous laisse effectuer nos propres choix de vie, à travers certaines mesures comme la mise en place d’un salaire minimum dans tous les pays européens, d’un accès au logement et au travail. Ce sont les préconditions pour véritablement participer à la vie publique et culturelle. 

 

Aujourd’hui le sentiment européen semble diminuer, avec une large abstention aux élections européennes. Que faire pour rendre l’Europe plus attractive?

Je ne partage pas vraiment cette perception que le soutien pour l’Union Européenne est en baisse. On voit très bien, par exemple, que, ces dernières années, le gouvernement polonais était en conflit très fort avec la Commission Européenne sur l’état de droit en Pologne et l’indépendence de la justice. Pendant ce temps, le soutien des Polonais pour l’Union Européenne a augmenté. L'Union Européenne doit continuer de prendre des positionnements suffisamment clairs et faire des propositions concrètes pour protéger les intérêts des citoyens. En changeant cela, l’Union Européenne peut gagner encore plus de popularité.

En même temps, devenir plus transparent dans le processus décisionnel est un défi dans chaque démocratie européenne. Il est difficile de créer un contact direct avec les citoyens. Cela ne change cependant rien à notre objectif: il faut continuer à créer des offres pour les citoyens, leur montrer ce que représente l’espace de libre-échange européen, quels sont les risques d'un retour des contrôles aux frontières, ou l’enjeu que représente la protection des standards environnementaux globaux.


Que diriez-vous à toute personne en âge de voter, dans la perspective des élections européennes à venir?

Tout d’abord, il est important d’aller voter! Toutefois, cela ne suffit pas. Il faut aussi s’informer et discuter des sujets européens, de leur importance dans notre vie quotidienne. J’invite ainsi tout le monde à sortir de son milieu social, de sa zone de confort, pour créer un débat avec d’autres gens de la société et, même si cela n’est pas toujours facile, avec les autres citoyens européens.

 

Par Eva Marxer