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Donner de la Voix #12: Les larmes de Gaza
Douzième article de la série "Le malaise de Vitruve"

 

La métaphore a souvent été reprise dans les journaux ces temps derniers. Pourtant, malgré ses multiples utilisations au fil des ans, elle conserve hélas toute sa pertinence. Cette métaphore, c’est celle d’une plaie. D’une plaie laissée à vif et qui, faute de traitement, va en s’infectant, pour finir par gangréner. Cette plaie, c’est la crise israélo-palestinienne. Elle dure depuis 1948, et la « guerre d’indépendance » d’Israël face aux Etats Arabes, qui refusaient de voir naître un Etat Juif sur les terres Palestiniennes. Nombreuses furent les guerres relatives à ce conflit, comme la guerre des Six Jours en 1967 ou encore la guerre du Kippour en 1973. Il y eut aussi quelques espoirs de paix, rares, mais précieux, à la suite par exemple des Accords de Camp David en 1978, ou des Accords d’Oslo de 1993, restés célèbres pour une photo, celle de Yasser Arafat, représentant de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) et de Yitzhak Rabin, Premier ministre Israélien, se serrant la main sous les bienveillants auspices du Président américain Bill Clinton. Et pourtant, depuis lors, rien ne semble résolu. Et la plaie reste douloureuse.

  Les douleurs viennent d’être ravivés ce week-end, avec plus de 600 tirs de roquettes en direction d’Israël depuis la bande de Gaza. En réponse, l’aviation Israélienne a bombardé la bande de Gaza. Le bilan est lourd : on compte quatre victimes Israéliennes et 24 Palestiniennes. Notre but ici n’est pas de prendre parti. Il est en revanche nécessaire de tenter de comprendre une situation, certes pathologique des relations internationales depuis plusieurs décennies, mais avant tout destructrice de vies humaines. Dans cette crise, les torts sont partagés entre plusieurs acteurs.

 En Israël, la question d’une véritable souveraineté Palestinienne ne semble pas à l’ordre du jour. C’est ce qu’ont confirmés les résultats des dernières élections législatives anticipées du 9 avril dernier, et qui ont vu Benjamin Netanyahou, être reconduit d’une courte tête, à 26, 46% pour un cinquième mandat consécutif au poste de Premier ministre. Visé par des enquêtes pour corruption, celui-ci a utilisé une rhétorique populiste affirmée pour être réélu, qui jouait sur une importante stigmatisation des minorités Arabes d’Israël. Mr. Netanyahou doit par ailleurs trouver des alliés au Parlement pour gouverner, et il y a de fortes chances qu’il se tourne du côté des partis d’extrême-droite ou ultra-orthodoxes, opposés à une quelconque avancée sur la question Palestinienne. Netanyahu attise ainsi le clivage entre Juifs et Arabes, et, par extension, entre Israéliens et Palestiniens, appelant en outre à une « extension » des colonies Israéliennes en Cisjordanie. En outre, Netanyahou a le soutien de Donald Trump dans sa gestion sécuritaire de la question palestinienne, comme en témoigne le transfert de l’ambassade Américaine en Israël à Jérusalem le 14 mai dernier, ou encore la reconnaissance de la souveraineté Israélienne sur les plateaux du Golan en Syrie. La politique de Mr Netanyahou et de son patri le Likoud, conduisent Israël dans une voie nationaliste dangereuse pour l’unité de la société Israélienne elle-même d’une part, mais aussi pour sa sécurité extérieure d’autre part. 

  Du côté Palestinien également, la question d’une souveraineté de l’Etat Palestinien semble difficile à envisager en raison des divisions politiques, qui renforcent encore l’attitude ultrasécuritaire d’Israël. En effet, les territoires Palestiniens sont divisés en deux parties. La Cisjordanie à l’Est, limitrophe de la Jordanie, et la bande de Gaza à l’Ouest, au bord de la Méditerranée. La Cisjordanie est administrée par le Fatah, sous l’égide de Mahmoud Abbas, héritier de l’OLP de Yasser Arafat. Il est reconnu par la communauté internationale. Le cas de la bande de Gaza est plus complexe. En effet, ce territoire est contrôlé par le Hamas depuis 2007, suite à sa victoire aux législatives à Gaza en 2006. Ce parti souhaite la création d’un Etat Islamique Palestinien et souhaite la destruction de l’Etat d’Israël. C’est pourquoi ce territoire tire régulièrement des roquettes sur Israël, et n’est en outre pas reconnu par la communauté internationale. L’arrivée au pouvoir du Hamas a renforcé l’isolement de la bande de Gaza, qui ne reçoit plus d’aide financière des Etats-Unis ou de l’Union Européenne.

  Il est en outre illégalement soumis depuis 11 ans maintenant à un blocus maritime, aérien et terrestre par Israël, qui craint pour sa sécurité, et appuyé par l’Egypte. Ces tirs de roquette du week-end derniers font partie de la stratégie du Hamas pour tenter de faire bouger les lignes. Cette stratégie d’escalade est toutefois bien contrôlée par Israël. Les tirs de ce week-end sont les derniers pour les différentes parties à pouvoir faire évoluer la situation avant l’Eurovision, prévue en Israël, du 14 au 18 mai. On comprend ainsi que ces tirs obéissent à une logique politique. Aussi, ils symbolisent le tragique blocage auquel sont soumis ces sociétés, engoncées dans un conflit attisé et instrumentalisé par les puissances Occidentales.

  Il y eut des tentatives de la société civile pour tenter de changer les choses. Ce fut notamment le cas de la marche du retour, des marches pacifiques des gazaouis en direction de la frontière avec Israël, durant lesquelles les manifestant appelaient à la fin du blocus ainsi qu’au retour des réfugiés gazaouis dans leurs terres d’origines, en Palestine. Ces manifestations furent réprimées dans le sang. Depuis le début de ces marches le 30 mars, on compte 150 victimes et 10 000 blessés.

  La plaie reste donc à vif et trouve encore un sanglant écho dans l’actualité. Face à une situation bloquée, il ne suffit pas de se lamenter, et encore moins d’oublier. Tâcher de comprendre est le moins que nous puissions faire pour continuer de porter la voix de ces Hommes et de ces Femmes, Israéliens comme Palestiniens, qui tombent depuis trop longtemps.

  Vous pouvez signer la pétition d’Amnesty International pour lever le blocus sur https://www.amnesty.org/fr/get-involved/take-action/lift-the-blockade-on-gaza/

 

Par Augustin Normand