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Donner de la Voix #3: Europe-Afrique, une union future?
Troisième article de la série "Le Malaise de Vitruve"

 

Une belle femme habillée en blanc passe en jeep dans les plaines africaines, accompagnée d’hommes noirs qui lui font visiter leur territoire. Cette image est issue de Souvenirs d’Afrique, un film de 1986 dans lequel Meryl Streep joue une jeune femme blanche arpentant le continent Africain.

Ces Souvenirs d’Afrique sont réapparus lors de la « tournée diplomatique et humanitaire » de Melania Trump, du 3 au 6 Octobre, au cours de laquelle cette dernière s’est rendue au Ghana, au Malawi, au Kenya et en Egypte. La « First Lady » s’y est en effet affichée toute habillée de blanc, affublée d’un casque colonial. Certes, le comportement des Trump ne semble reconnaître aucun des codes élémentaires de la décence, ou de la simple politesse. S’il ne faut pas associer le comportement de Melania Trump à celui de son mari, le style de vêtements de Mme Trump pose question.

  Cet accoutrement va au-delà d’une polémique stérile sur un style vestimentaire. En effet, Mme Trump ne pouvait ignorer les connotations politiques d’un tel accoutrement, à l’heure où les médias, et en premier lieu les réseaux sociaux, scrutent les moindres faits et gestes des hommes et femmes politiques. Ce choix de vêtements est plus qu’anecdotique.

Il faut que l’Occident trouve enfin la bonne manière d’aborder les difficultés de son passé colonial, ou de sa croyance en sa supposée supériorité sur le continent Africain.

 

  A ce titre, l’Europe a bel et bien sa part de responsabilité. Si la tolérance, l’enrichissement mutuel et les Droits de l’Homme font partie de notre vie quotidienne, il peut être dangereux de porter sur elle un regard univoque. Oui, l’Europe a bel et bien porté des idéaux de liberté et d’égalité au cours du XVIIe siècle, mais cela ne doit pas nous faire oublier ses erreurs. Si des ruines de la Seconde Guerre mondiale a émergé l’idée d’une fraternité européenne, il faut rappeler que cet idéal de tolérance s’est heurté au processus de décolonisation, resté un échec, laissant ouvertes des plaies difficiles à refermer pour les puissances européennes, et notamment pour la France.  De ce fait, la culture a, elle aussi, eu du mal à faire son deuil d’un temps où l’Europe était au centre du monde, comme en témoignent des films tels que Lawrence d’Arabie (1963) ou Out of Africa - Souvenirs d’Afrique. Et cette question du difficile rapport à l’Autre se soulève dans tous les secteurs de notre vie, quotidienne, sociale ou politique.

 

  L’ethnocentrisme européen est particulièrement présent en politique internationale. De ce point de vue, le sommet de la francophonie est particulièrement éclairant. Un tel sommet, dont le dernier en date s’est tenu du 11 au 12 octobre 2018 à Erevan, la capitale arménienne, conduit à s’interroger ; est-il l’image d’un soft power à la Française, ou bien un moyen pour la France de maintenir en situation de dépendance ses anciennes colonies ?

Cette interrogation reste légitime : en effet, la France, ex-puissance coloniale attachée à sa « grandeur » pour reprendre le mot du Général de Gaulle, essaye de conserver son influence dans ces anciennes colonies par le biais de la préservation de la langue française dans ces territoires par des subventions pour les universités ou les laboratoires de recherche. Par ailleurs, la nomination de Louise Mushikiwabo au secrétariat général de l’Organisation Internationale de la Francophonie, ne semble être qu’une façade destinée à montrer la bonne foi Française concernant la question de l’ « implication »  de la France dans le génocide Rwandais de 1994.

 

  Afin de contrebalancer ces incohérences politiques il nous revient de modifier nos comportements. D’une part, il ne faut pas cultiver un sentiment de culpabilité, mais nous rappeler avec vigueur et sincérité, notre responsabilité. Il nous faut connaître et accepter notre passé pour trouver le bon équilibre entre raison et émotion. 

D’autre part, il est nécessaire de nous sentir concernés par ce passé, afin de ne pas en reproduire les erreurs. 

Il faut que notre génération accepte ce passé, pour voir enfin l’Europe et l’Afrique construire ensemble leur réponse aux défis communs.

 

Par Léo Schillmöller