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DYSTURB, la nouvelle voie

 

Dans le cadre du partenariat flambant neuf avec le musée des Beaux-Arts de Nancy, notre campus accueillait ce jeudi une partie du collectif DYSTURB, à savoir le photojournaliste et créateur du mouvement, Pierre Terdjman, et la directrice de rédaction, Laurence Cornet. Ils se sont rendus à Nancy dans le cadre du festival Locomotion, dans lequel photographes, vidéastes, musiciens présentent de nouvelles formes de relation à l’image, à l’heure d’un environnement visuel saturé. L’éclectisme y est de mise, et DYSTURB s’inscrit dans cette lignée.

Lancé par un ensemble de journalistes, d’écrivains et d’artistes, le collectif explore depuis 2014 les nouveaux rapports que l’on peut avoir aux médias et à la communication. Pour ce faire, ils utilisent le réseau social le plus vaste et le plus dénudé : la rue. DYSTURB a laissé sa patte dans plus de 100 villes et une vingtaine de pays, de la France aux Etats-Unis en passant par la Colombie ou le Burkina Faso. C’est par le collage d’affiches que le collectif s’exprime. Format : 4/3 comme les publicités. Couleur : noir et blanc pour rompre avec le caractère agressif et tape à l’œil de celles-ci. Et souligner le caractère parfois tragique que ces affiches peuvent revêtir. Car DYSTURB porte l’objectif dans la plaie et dénonce des situations d’injustices sociales, politiques ou environnementales. Crise humanitaire au Yémen, mutilation génitales féminines en Afrique, inaction climatique… les affiches interrogent les passants. Mais si le groupe se définit tout d’abord comme un média, c’est parce qu’il souhaite informer : des légendes sont accolées aux photographies, contextualisent et donnent les clés des problèmes sous-jacents. Des QR codes présents sur les affiches redirigent vers plus de contenu explicatif en ligne (systématiquement fact-checké) et des information sur les actions menées par DYSTURB. Outre leur présence intensive sur les réseaux sociaux, les membres ont aussi conçu un journal, distribué gratuitement à plus de 13000 exemplaires dans le monde.

Malgré la noirceur de certaines thématiques, la nature de leurs œuvres ne sont pas d’être particulièrement choquantes. « On ne fait pas, on ne fait plus passer un message en montrant un corps déchiqueté. La violence est déjà partout. » Pierre Terdjman évoque à cette occasion les choses effroyables qu’il a pu voir à Bangui, en Centrafrique. Les retranscrire crûment n’a selon lui aucun intérêt, si ce n’est de propager des représentations stéréotypées des pays sous-développés. Dans la rue, les choses sont différentes. Les adultes de demain doivent pouvoir comprendre l’actualité sous de nouveaux angles et regarder droit dans les yeux les affres de notre monde, pour pouvoir mieux s'engager à les combattre.

C’est la raison pour laquelle DYSTURB souhaite avant tout informer, éduquer, plutôt que de faire de l’activisme. Ainsi, le collectif s’est rendu dans plus de 100 écoles dans le monde pour mener à bien leurs actions. Des workshops sur la démocratie, le droit des femmes, le populisme ont déjà concerné environ 35000 élèves, par une pédagogie simple et accessible. Durant ces temps d’échange, les élèves en question choisissent une photo réalisée par un des photographes du collectif et s’informent activement sur le sujet. En courant novembre, un lycée nancéien a reçu la visite du collectif. A la fin de leur intervention, un des murs du bâtiment arborait le cliché d’une soldate kurde, kalashnikov en main. Les élèves l’ont choisi pour la fierté que dégage la soldate et l’aspect évident de « woman empowerment ».

DYSTURB a fuit la télévision, les journaux, les ondes hertziennes et a fait de l’espace public son exutoire. Fuir le journalisme traditionnel, « décrédibilisé » par les chaînes d’infos en continu et la tendance au sensationnalisme, comme le prouve la récente couverture de l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès. Le collectif a donc trouvé un moyen de renouer la confiance avec un public méfiant. Et ce toujours dans la volonté de surprendre, de casser la routine (d’où le nom DYSTURB) d’un passant au coin d’une rue. Le collectif collait les affiches la nuit par sécurité, de façon « guérilla ». Désormais, c’est en pleine journée que les colleurs œuvrent. Des missions en partenariat avec les Nations Unies, l’UNICEF ou encore le parlement européen ont fait émerger le collectif. Il reçoit également des fonds d’associations new-yorkaises et du Ministère français de la culture. Et le groupe ne cache pas son ambition. L’objectif en 2020 est d’élargir le public touché par un « call to action », en distribuant également les affiches à la population pour qu’elle les colle elle-même.

Informer, responsabiliser, interroger : DYSTURB dépoussière la profession journalistique. Et sa jeunesse est sa force.

https://www.instagram.com/dysturb/

Par Clément Kasser