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François Laval : « C’est une réforme, pas une révolution »
Alors que Bénédicte Durand vient présenter son projet de réforme du Collège Universitaire cet après-midi, le directeur du campus de Nancy sort de son silence. Comment adapter le campus aux nouvelles contraintes ? Compte-t-il encore obtenir des concessions ? Interview exclusive.
  • Le directeur du Campus de Nancy François Laval, en mai 2016. / © Philippe Pernot
    Le directeur du Campus de Nancy François Laval, en mai 2016. / © Philippe Pernot

Selon vous, quels sont les points positifs de cette réforme du Collège Universitaire ?

Cette réforme confirme à la fois le caractère pluridisciplinaire, l’enseignement des cinq modules fondamentaux et l’ouverture internationale de Sciences Po puisque l’on demande que tous les étudiants du Collège Universitaire maîtrisent les deux langues fondamentales de Sciences Po, le français et l’anglais. Cela conforte également les campus en région puisque l’on s’avance vers un modèle où il n’y a pas d’un côté Paris et de l’autre côté la province. Dans le cadre de la réorganisation du campus de Paris, il devient en effet un campus identique aux autres. Il y a donc bien sept campus, avec leurs identités particulières.

 

Y aura-t-il donc moins d’autonomie pour les campus en région, puisque vous serez plus coordonnés ?

Il y a toujours eu une certaine coordination entre les campus. La précédente direction permettait une plus large autonomie, qui a pu rendre l’ensemble difficilement lisible à première vue. C’était aussi à l’image de la complexité et de la diversité de la mondialisation. On ne peut pas « traiter » un étudiant allemand ou un étudiant français comme un étudiant brésilien ou chinois. Ce serait nier la diversité culturelle du monde. Cette réforme met davantage en avant l’unité de Sciences Po. Mais dans la réalité des faits, il devra y avoir beaucoup de souplesse.

 

Actuellement, où en sont les négociations ? Avez-vous plus d’élément sur la deuxième année et la troisième année ?

Concernant la deuxième année, il est question de revenir à un schéma qui existait lorsque j’étais moi-même étudiant. Il était question de filières, aujourd’hui on utilise le terme de « majeures », plus international. Il s’agit de continuer l’aspect pluridisciplinaire avec un début de spécialisation en deuxième année. Le choix de troisième année devra suivre en grande partie la majeure choisie en deuxième année, si l’étudiant veut avoir sur son diplôme du Bachelor la mention de sa majeure.

 

Concernant ces négociations, est-ce qu’il y a des éléments pour lesquels vous souhaiteriez avoir des aménagements, notamment sur des cours en allemand ?

Le système actuel consiste en un lien entre la première et la deuxième année et une troisième année plus libre et souple. La réforme met davantage en avant une cohérence entre la deuxième et la troisième année, avec une première année commune à tous. A Nancy, la première année comprenait plus de cours en français et en allemand, pour renforcer l’anglais en deuxième année dans une logique trilingue. La nouvelle maquette sera inversée, puisqu’il y aura plus de cours en français et en anglais sur la première année. Notre espoir, comme on ne peut pas proposer un enseignement fondamental en première année en langue allemande, est de rééquilibrer en deuxième année avec plus de cours en allemand. Ce serait avant tout bénéfique aux étudiants français : dans le cas contraire il leur serait difficile de suivre les enseignements durant leur troisième année dans l’espace germanophone.

 

Aujourd’hui, les étudiants ont de 8 à 10 heures de cours de langues par semaine. Avec la réforme, il est annoncé qu’il n’y aura plus que 4 à 6 heures de langues par semaine. Comment allez-vous adapter la maquette pédagogique ?

Il y a eu un assouplissement du dispositif. Pour tous les étudiants, il y aura quatre heures d’anglais par semaine quel que soit le niveau, et en prenant en compte les colles. L’objectif fixé est que tous les étudiants soient en niveau B2 en langue anglaise à l’issue des trois ans, puisqu’il faut un niveau C1 en master pour obtenir son diplôme. Aux cours d’anglais pourront s’ajouter quatre heures de langues supplémentaires. Elles permettront aux étudiants internationaux de renforcer leur français, et aux Français leur allemand. Pour ceux qui auront atteint un niveau C2 ou C1, il y aura la possibilité de faire ce que nous appelons une LV4. Ce qui est certain, c’est que l’on ne pourra plus faire quatre heures de LV4.

 

La suppression de l’EPE n’est-elle pas une atteinte à l’identité européenne du campus ?

Surtout, il est bizarre qu’il n’y ait pas de cours sur le fonctionnement de l’UE et ses origines sur l’ensemble des campus. Mais avec les conférences d’actualité au deuxième semestre, nous aurons le choix de proposer une coloration européenne pour compenser la disparition de ce module.

 

Un des arguments avancés par la direction du Collège Universitaire pour la réforme est la meilleure reconnaissance du diplôme du Bachelor de Sciences Po à l’international. Pourriez-vous nous donner plus de précisions sur ce point ?

La question de la plus grande reconnaissance du diplôme du Bachelor se pose d’abord par rapport à l’Etat. Sciences Po délivre un diplôme ayant obtenu le grade de Master de la part de l’Etat, sans  que celui-ci n’impose par exemple la rédaction d’un mémoire en fin de parcours. Sciences Po a créé un deuxième diplôme qui n’est pour l’instant pas reconnu comme ayant le grade de licence de la part de l’Etat, tout en étant reconnu à l’international comme un Bachelor. L’idée est de délivrer un diplôme du Bachelor plus clair pour l’Etat, qui renforcera la reconnaissance au niveau international. Il faut aussi un tronc commun qui permette d’expliquer ce que l’on fait à l’international. Actuellement, c’est difficile de présenter Sciences Po dans toute sa diversité.

 

La réforme n’a-t-elle pas été pensée avant tout par rapport à Paris et pour Paris ?

La réforme a été réfléchie pour l’ensemble du collège universitaire, mais à travers deux prismes : des étudiants à Paris qui maîtrisent pas assez l’anglais, et des étudiants internationaux dans certains campus qui ont un programme totalement anglophone ne font pas l’effort de progresser en français.

 

Avez-vous un message à faire passer aux étudiants avant la présentation ?

Il faut rester confiants dans l’institution qu’ils ont choisie. Sciences Po a connu beaucoup de changements depuis 1872. C’est une réforme, pas une révolution. Il ne faut pas la bloquer par principe, mais l’adapter et en tirer le positif. Il y aura une rénovation, mais la conception de pluridisciplinarité et de plurilinguisme restera.  Malgré la volonté de rénovation, il faut assurer la continuité. Il faut faire valoir l’identité européenne et franco-allemande, sans que ce soit agressif. Il faut se rappeler la devise de l’UE : « unis dans la diversité », à la fois dans l’Europe et dans Sciences Po. Unité ne signifie pas uniformité à la française, mais dans la logique européenne, dans la diversité.

Propos recueillis par Sébastien Grob et Stéphane Venet