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L’Ecole de Nancy, joyau de l’Art nouveau


L’Art nouveau, surnommé « style nouille » pour ses formes arrondies se rapprochant d’arabesques, est un mouvement artistique apparu à la fin du 19ième siècle. La nature étant la principale inspiration de cet art, les motifs, ornementations et éléments de la faune et de la flore se trouvent au cœur de ces créations. L’Art nouveau se développe notamment à Paris avec des artistes comme Hector Guimard, le créateur des décors à l’entrée des bouches de métro, au style facilement reconnaissable. La ville française où ce mouvement s’exprime le plus est Nancy, qui représente un potentiel important grâce à l’immigration des Alsaciens suite à  l’annexion de l’Alsace-Moselle en 1871.

Ainsi, l’École de Nancy est créé en 1901, à l’aube du 20ième siècle. Il s’agit d’une association visant à développer l’artisanat d’art, comme les cristalleries ou les ébénisteries, mais aussi de faire rayonner la ville de Nancy au niveau culturel. Les créations de cette École sont des éléments d’architecture et de mobilier qui se fondent aux intérieurs d’époque. Ce sont des bureaux, des lampes, des vases, des vitres qui prennent autant le rôle de mobilier que d’œuvres d’art. Les objets ont des formes douces et arrondies, tout comme leurs couleurs qui rappellent un univers fantastique lié à la nature et au rêve. A travers des matériaux comme le verre, cette ambiance est retranscrite sur des œuvres fragiles et richement ornementées. Au-delà de leur fonction première, ces créations sont présentes dans un réel décor artistique où tous les objets se complètent. Ce mélange de l’industrie et de l’art devient une référence dans le milieu artistique, notamment lors de l’exposition universelle de Paris en 1889.

Les principaux acteurs de ce mouvement donnent aujourd’hui leurs noms à plusieurs rues de Nancy, comme par exemple Emile Gallé, Louis Majorelle, ou bien Eugène Vallin. Emile Gallé, ébéniste, industriel et fondateur de l’École de Nancy, résume l’esprit de ce mouvement en une citation qui se trouve au-dessus de son atelier « ma racine est au fond des bois ». En effet, pour les artistes de ce mouvement, le retour à la nature se fait autant par les thèmes exprimés dans leur art, qui sont proches de la nature, que par le bois, élément clé de l’Art nouveau. Le foyer de l'École se trouvant à Nancy, première ville après la frontière, certaines pièces d’art revêtent une dimension politique, reflet de l’engagement de leurs créateurs.

A travers la table nommée « Le Rhin », présentée à l’Exposition universelle de 1889, Emile Gallé aborde le thème de l’annexion par l’Allemagne quelques années auparavant. Cette table imposante en bois dépeint une confrontation entre les Germains et les Gaulois. Entre les deux se trouvent un vieil homme, symbole du Rhin, protégeant une jeune femme qui pourrait être l’incarnation de la Gaule ou de la Moselle. Sur cette table se trouvent également des symboles comme la croix de Lorraine ou le chardon, emblème nancéien. Comme l’exprime la citation « Fait par Emile Gallé en bon espoir », cette pièce n’a pas vocation d’attiser la haine, mais d’espérer la réunification. Autre création d’Emile Gallé, concernant l’affaire Dreyfus qui éclate en 1894, le vase intitulé « Les hommes noirs », inspiré des amphores antiques. Ce vase aux couleurs noires et dorées, aux motifs floraux et aux silhouettes humaines, dévoile son sens dans  une inscription qui se trouve dessus. Cette inscription « Hommes noirs, d’où sortez-vous ? Nous sortons de dessous terre » est reliée à l’innocence de Dreyfus que Emile Gallé cherche à soutenir. Ces hommes en habits noirs sont en fait une représentation des membres de l'Église, de la justice et de l’armée qui ne soutiennent pas Dreyfus.

A travers une création comme celle-ci, Gallé confère une force politique aux objets créés. Au-delà d’être des artefacts fascinants par le travail manuel qu’ils nécessitent, le mobilier de l’École de Nancy a donc une fonction de message politique dans certains cas.

Le déclin de l'École de Nancy a eu lieu début du vingtième siècle avec la première guerre mondiale, mobilisant les ressources nécessaires à la guerre et laissant le mouvement s’essouffler.
Aujourd’hui, l’École de Nancy revit à travers les différents musées nancéiens, qui exposent du mobilier Art nouveau, comme par exemple le Musée de l’École de Nancy, une magnifique villa aux pièces boisées et riches en objets. Au musée des Beaux-Arts de Nancy sur la place Stanislas se trouve également une belle collection de vases de ce mouvement. La Villa Majorelle, bijou artistique rouvert récemment après de longues années de travaux, est également une bonne manière de s’imprégner de l’ambiance des villas du style de l’École de Nancy.

 

Par Bérénice J.