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La danse dans tous ses états

  « Les enfants : ils dansent avant d’apprendre qu’il n’y a rien qui ne soit pas de la musique. »- William Stafford

Cette simple citation te rappelle de doux moments lorsque tu te déhanchais sans gêne au milieu de la foule, souvenirs et sensations que tu t’efforces d’ailleurs de retrouver lors de danses endiablées en soirée. Mais en parlant de danse, que connais-tu de l’histoire de la danse ?  De ses grands chorégraphes ? Des grands courants ? Et plus généralement, de cet art qui a inspiré et inspire encore peintres, photographes et cinéastes ? 
 

Certains reconnaitront de la danse où d’autres n’y distingueront rien d’autre qu’une succession quelconque de mouvements. Et pourtant, la danse est belle et bien définie comme étant l’art de se mouvoir dans une suite de mouvements ordonnés et le plus souvent rythmés par de la musique. La danse peut néanmoins être perçue de manière poétique à travers des ombres ou objets en mouvement ; on peut par exemple parler de la danse des feuilles d’automne se balançant du bout des branches, jusqu’à la fin de leur chute. À chacun de se concentrer sur des choses du quotidien et de se demander avec son regard de poète aguerri, si la danse n’est finalement pas plus présente dans sa vie, qu’il le pense. La danse est aussi et surtout un moyen d’expression, une sorte de mise à nu ; porteuse de messages forts, au même titre que les autres domaines de l’art. Pour illustrer ce rôle, l’exemple animalier de la danse des abeilles s’impose. En effet, ces dernières communiquent entre-elles pour s’indiquer le chemin et la distance du pollen nécessaire à la fabrication de miel. De manière subtile et artistique les danseurs ont aussi pour vocation d’éveiller certaines émotions chez son public.

« La danse est le langage caché de l’âme. » Martha Graham

Au-delà de cet exemple, les hommes communiquent littéralement à travers la danse, puisqu’il s’avère que la danse fut un des premiers moyens de communications, alors même que le langage n’existait pas encore. En effet, les historiens de l’art ne peuvent dater exactement la naissance de cette pratique, mais dès l'Égypte antique, ils ont retrouvé des peintures s’apparentant à des corps en mouvement. Il ne serait donc pas illogique de penser que la danse soit finalement née avec l’Humanité elle-même, et qu’elle se soit développée au fur et à mesure que l’Homme ait évolué. Plus tard dans l’Histoire, on pourra parler d’une corrélation entre les évolutions musicales et celles de la danse.

La danse peut pour ainsi dire être considérée comme étant l’un des arts les plus anciens. C’est en Grèce antique que celle-ci peut être comparée aux prémisses de nos mouvements actuels. Elle y rythmait littéralement l’ensemble des grands moments de la vie de la cité en ayant des rôles de bénédictions religieuses, sociaux, guérisseur ou séducteur en faisant partie intégrante des cérémonies religieuses, des festins, des danses macabres ou des danses de séduction entre les familles. Le rôle religieux de la danse s’est peu à peu délité au cours du Moyen ge notamment où l'Église voyait d’un assez mauvais œil cette pratique parfois nocturne, presque assimilée à une pratique hérétique. C’est alors que les danses médiévales, réunissant le peuple, sont apparues et sont toujours transmises de nos jours. C’est pendant la Renaissance et plus particulièrement sous Louis XIV que se développent le ballet de cour et la comédie-ballet. Cette discipline devient un art à part entière sous la direction de Lully notamment. Art auquel même le Roi-Soleil se plie aux exigences dès son enfance, afin de briller à la cour où cette pratique est désormais considérée comme faisant partie de l’éducation de la noblesse. Il devient d’ailleurs un danseur hors pair (apparition du Roi dans le Ballet de la nuit en 1653) et fonde en 1672 l’ancêtre de l’Opéra de Paris : l’Académie royale de musique et de danse ainsi que la première école de danse.

Contrairement aux idées reçues aujourd’hui sur la danse et la surreprésentation des femmes, à l’époque, les danseurs étaient exclusivement issus de la gent masculine. La danse professionnelle devient accessible aux femmes dès 1861, c’est pendant cette décennie que se forge principalement l’idée de la danseuse, à travers les nombreuses représentations d’opéra ballets. Il faut noter que l’ensemble des grands chorégraphes restent pourtant des hommes.

Enfin, depuis le dix-neuvième siècle, le ballet classique apparaît sous les influences venues de Russie du chorégraphe français Marius Petipa (qui vivait en Russie), chorégraphe des illustres ballets que sont Casse-Noisette en 1892 le Lac des Cygnes en 1895, ou encore Don Quichotte en 1869 (avec le compositeur Tchaïkovski pour les deux premiers et avec Léon Minkus pour le dernier), ballets qui ont été dansés des milliers de fois, sous la baguette de chorégraphes s’autorisant parfois quelques libertés artistiques tout en restant fidèles à la version originale. Le ballet classique quant à lui se réinvente au cours du vingtième siècle au travers de la danse moderne, apparue dans les années 1920, pour se libérer du rigoureux carcan de la danse classique. Cette modernité engendrera dans la seconde moitié du vingtième siècle, la danse contemporaine dans le courant des années 1970 sous l’influence du chorégraphe Merce Cunningham et Martha Graham aux États-Unis ou Pina Bausch en Allemagne. Depuis, la danse se réinvente constamment à travers de nouveaux styles comme le hip-hop, le modern-jazz et comédies musicales… Les ballets classiques restent pour autant une source d’inspiration majeure pour les nouveaux chorégraphes, en quête de modernité et également de continuité avec la tradition. Parmi ces derniers, certains connaissent surement les noms de Maurice Béjart (1927-2007), Kamel Ouali, Benjamin Millepied…

« Je crois que toujours la danse renferme en elle-même quatre arts. La musique, la chorégraphie, la peinture et la littérature. » George de Las Cuevas

D’après cette citation, il est flagrant de constater que la danse est source d’inspiration pour un bon nombre d’autres artistes : qu’il s’agisse de peintres, d’auteurs ou encore de réalisateurs, les représentations de cette discipline ne manquent pas. Cette dernière catégorie cinématographique parle forcément à chacun et chacune par les références que sont « Billy Elliot », « Black Swan »,« Dirty Dancing » ou encore « Singin’ in the rain ».

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Par ailleurs, j’aimerais ici parler brièvement des peintres inspirés par les danseurs et danseuses de l’opéra. Notamment de l’impressionniste Edgar Degas (1834-1917), célèbre tout d’abord pour ces tableaux de courses équestres, empreints de nouveauté pour l’époque, alors que l’hippodrome de Longchamp venait d’être inauguré. Il s’attarde ensuite dès 1868 avec son œuvre « L’orchestre de l’Opéra » sur des thèmes comme la musique, le théâtre ou la danse. Décrit comme un peintre du mouvement, Degas trouve dans le ballet le moyen de retranscrire le mouvement rapide ainsi que les diverses compositions spatiales que mettent en forme les Étoiles de l’opéra. En plus d’observer les représentations de danse, il s’intéresse aussi à leurs coulisses. En observant les deux côtés du ballet, il met ainsi en lumière le contraste entre la féérie des représentations, en costume et pleines de grâce et la misère sociale des danseurs à cette époque. Si l’on pouvait parler de sociologie de la danse, on pourrait ranger Degas parmi les grands noms de cette science de l’observation…pour autant, existe-t-il une sociologie de la danse ?

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A priori la danse se trouverait à la croisée des chemins entre la sociologie du sport et la sociologie de l’art… C’est d’ailleurs ce que décrit Julia Beauquel dans son livre « Danser une philosophie », certes plus philosophique que sociologique comme le titre l’indique, mais qui pour autant témoigne bien de cette tension entre expression artistique et performance corporelle. Quoique parfois abstrait pour quiconque n’ayant pas connu le milieu de la danse, je pense que ce livre est à lire pour celles et ceux ayant déjà été confronté de loin comme de près à la danse. Pour réfléchir sur nombres d’aspects étroitement liés à la discipline, comme les sentiments, l’importance du regard mais aussi le rôle d’importance du miroir dans une salle de danse, d’autres thèmes sous-jacents y sont aussi développé, ceux cités étant ceux qui m’ont le plus touchés. À la lueur de grands philosophes, comme Nietzsche ou Rousseau, Julia Beauquel vous invite à saisir le bref instant de la danse, au même titre que Degas qui tentait de capturer ces moments grâce au geste habile de son pinceau. Bien sûr ils ne sont pas les seuls, Matisse propose dans des couleurs vives et contrastantes « la Danse », tableau s’apparentant au mouvement pictural du fauvisme.

 

À défaut de pouvoir supporter l’équipe de danse lors des Collégiades cette année (garde tes vifs encouragements pour l’année prochaine), il est bon à savoir que l’opéra de Paris, permet à toute et chacun de re(découvrir) ses opéras les plus cultes gratuitement en ligne : le Lac des Cygnes (du 30.03 au 5.04) ou encore Carmen (du 27.04 au 03.05) font partie des pièces diffusées pour cette initiative. Par ailleurs, qui dit confinement (ré)-créatif, dit peut-être aussi l’occasion d’apprendre à danser (Avec tes super colocs ou ta fratrie - plus ou moins supportable – vous pouvez sans aucun doute vous révéler une passion jusque-là ignorée, pour tous nous épater à la rentrée, ou bien juste danser pour t’amuser ; bon si tu es tout seul, ça devient un peu plus compliqué mais toujours pas impossible)

 

Par Clémence Barnault