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  • Reportage
La malédiction de Toutankhamon

 

En 1917, l’américain Theodore Monroe Devis juge que l’entièreté des secrets de la vallée des rois ont été découverts et décide de mettre un terme à ses fouilles. Il lègue sa concession à Lord Carnarvon qui détient alors le droit de les poursuivre. Il charge Howard Carter de continuer les recherches. L’anglais n’a qu’une idée en tête : découvrir le tombeau de Toutankhamon.

Le 4 Novembre 1922, après cinq années de recherches vaines, un porteur d’eau découvre la première marche d’un escalier qui s’enfonce dans le sable. Dès le lendemain, douze autres marches sont dégagées et laissent apparaitre l’entrée d’une nouvelle tombe de la vallée des rois. Carter, surexcité, envoie un message crypté à Lord Carnarvon : « Avons enfin fait une découverte extraordinaire dans la vallée : une tombe somptueuse dont les sceaux sont intacts ; l’avons fermé jusqu’à votre arrivée; félicitations ».

Dès que l’égyptologue pose le pied sur le sol, encore chaud malgré la date avancée du 23 novembre, les fouilles reprennent. Le lendemain, l’escalier entier est dévoilé et les sceaux qui verrouillent la porte ne laissent aucun doute. Il s’agit du tombeau de Toutankhamon. Le 26 novembre, les deux chercheurs anglais pénètrent dans un des sépulcres les plus légendaires d’Egypte. Le trésor qu’ils y découvrent est gigantesque, on peut en trouver la majeure partie au musée du Caire. Carter raconte dans ses mémoires : « D’abord je ne vis rien. L’air chaud qui s’échappait de la chambre faisait clignoter la flamme de la bougie. Puis, à mesure que mes yeux s’accoutumaient à l’obscurité, des formes se dessinèrent lentement : d’étranges animaux, des statues, et partout le scintillement de l’or. »
Le sarcophage extérieur du pharaon est en or massif et parfaitement conservé. Ils trouvent également le masque funéraire et un coffre décoré de représentations d’Isis, Serket et Neith qui contenait les quatre vases canopes renfermant les viscères du pharaon. D’autres coffres en bois doré contiennent un très grand nombre d’objets du quotidien qui ont permis d’acquérir énormément de connaissance sur la civilisation égyptienne.

Mais voilà que bien plus tard, ces hommes découvrent que l’exploration du tombeau du plus jeune pharaon d’Egypte ne se fait pas impunément. 

 

Quelques jours avant l’ouverture du tombeau, un cobra s’est glissé dans la tente d’Howard Carter et a avalé son canari. Assez étonnant qui plus est, car les cobras se terrent habituellement au mois de novembre.
Première victime.
Certains des ouvriers locaux y voient un mauvais présage et ont mis en garde l’anglais : Le cobra est le serpent des pharaons. A quelques jours de la profanation d’une tombe supplémentaire dans la vallée des rois, cette victime n’est pas anodine.

Le tombeau est ouvert au public le 17 février 1923. Et début mars, c’est Lord Carnarvon qui est pris de fièvre. Il frissonne, sue... et décède de cette étrange maladie le 5 avril. Les médecins diagnostiquent une piqure de moustique, qui se serait écorchée lorsque le patient se rasait, puis ce serait infectée. Elle aurait été accompagnée d’une pneumonie et les deux vices combinés auraient entrainé une septicémie (inflammation infectieuse) mortelle.
Deuxième victime, et pas des moindres : le directeur et principal mécène de l’expédition.

Les journalistes se saisissent de l’information et dressent une liste des victimes reliées à la découverte du tombeau. Une rumeur se répand doucement : une mise en garde était gravée sur la porte du tombeau : La Mort touchera de ses ailes ceux qui profaneront ce lieu. Elle a été ignorée : le 26 novembre 1922, deux anglais ont pénétré dans un lieu mystique, resté inviolé durant plus de trois mille ans.
Cette légende est en réalité inventée par la romancière Marie Corelli, proche de Lord Carnarvon, qui lui écrit quelques temps avant l’entrée dans le tombeau : « Je ne peux pas m'empêcher de penser qu'il y a des risques à pénétrer dans la dernière demeure d'un roi d'Egypte et de lui dérober des possessions ».

Plus tard, le colonel Aubrey Herbert décède, en septembre. Il s’agit du frère de Lord Carnarvon. L’infirmière de l’égyptologue trépasse également. C’est ensuite au tour de Hugh Evelyn-White, une des archéologues du chantier de rendre l’âme en 1924, puis Archibald Douglas Reed, le radiologue de la momie...
Troisième, quatrième...cinquième victime.

 

Ce sont au total 17 personnes liées à la découverte légendaire qui s’éteignent mystérieusement. Certains journaux en comptent 27. Carter, pourtant principal investigateur, lui qui a fouillé, déterré sarcophage, momie et objets précieux, n’est pas touché par cette dangereuse malédiction. Il meurt en 1939, à 64 ans d’un lymphome, rien de bien anormal.

De nombreuses théories sont évoquées par des scientifiques : des champignons auraient transmis des maladies aux archéologues, des produits chimiques sur les bandes de la momie auraient pu rendre malade, de nombreuses victimes sont tombées de maladies respiratoires... Un virus aurait également pu les contaminer.
Mais comment expliquer alors que la ville du Caire soit plongée dans le noir complet lors de la mort de Carnarvon, à cause d’une coupure d’électricité ? La chienne de ce même homme est décédée quelques heures après lui, en Angleterre, après avoir poussé un hurlement déchirant. Le mystère plane toujours sur cette étrange malédiction, qui a par ailleurs rendu célèbre un pharaon quelconque, dont le règne fut court et peu notable. Comme le dit Arthur Conan Doyle : « je ne dis pas qu’un esprit égyptien a tué Lord Carnarvon. Je dis que c’est possible ».

Par Thibault Michelin