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LE CONSENTEMENT QUI N’EST PAS QU’UN MOT

 

Par quoi commencer, quels mots choisir ? J’ai l’envie mais avant tout le devoir d’écrire sur le consentement. Pour aider celles qui ne peuvent pas parler. Ces filles et ces femmes, qui ne peuvent pas parler de ce qu’elles ont vécu, elles ne me sont pas inconnues. Depuis l’adolescence je connais des personnes de mon entourage qui ont été victimes d’agressions sexuelles. Ces filles et ces femmes, je les remercie d’avoir incarné à leurs yeux un lieu sûr et digne d’accueillir leurs confidences, leurs secrets, leurs traumatismes.

En écrivant ceci aujourd’hui je veux non seulement leur rendre hommage, mais également leur dire qu’elles ne sont pas seules.

Je m’exprime car j’ai eu de la chance dans ma vie. Je n’ai jamais été victime de quelconque violence que ce soit, jamais victime d’agressions sexuelles (à part une main aux fesses dans la rue, mais c’est normal ça non ?). Mon corps a été préservé, et j’en éprouve une extrême gratitude, mais mon esprit ne l’a pas été. Comment en effet rester impassible face aux épreuves que nos sœurs, nos amies, nos connaissances ou même des inconnues ont vécu ? Comment ne pas se sentir concernée ? Comment les oublier ? C’est impossible. Et c’est au nom de cette gratitude que je veux aujourd’hui les décharger, rien qu’un peu, de leur fardeau, du poids de l’agression qu’elles portent en elles en permanence.

Expliquer

Souvent, les garçons et les hommes ne comprennent pas et n’on pas conscience de l’ensemble des discriminations auxquelles font face les filles et les femmes ; ni à quelles agressions elles sont susceptibles d’être confrontées à n’importe quel moment. Car là est la réalité : le danger est partout. Certes, c’est difficile àcomprendre pour les hommes, mais pas impossible. Tous les témoignages de victimes qui sont malheureusement à foison aident également les hommes à comprendre les risques, à comprendre ce qu’est véritablement une agression sexuelle et quelles en sont les conséquences. Communiquer et diffuser la vérité des agressions, c’est cheminer vers une société plus respectueuse et respectable, plus accueillante et plus rassurante.

Toutefois, ce propos n’a pas pour but de blâmer les victimes qui ne s’expriment pas. Imaginez la force nécessaire pour dénoncer un abus, une agression, être vue et reconnue comme une victime, ne pas être crue voire être encore moins crue lorsque l’agression vient d’un membre de votre entourage. J’espère que toutes celles et ceux qui sont prisonniers de leurs traumas, un jour, trouveront la force d’en parler. Car certes, parler n’efface rien. Mais parler allège le poids de l’agression qu’elles sont bien souvent seules à porter. Souvent encore, les agresseurs ne vivent pas avec le poids de la honte et de la culpabilité de leurs actes car ils n’en ont pas en conscience ou s’en fiche. Mais comment est-ce possible ?

Consentement

Comment ne pas comprendre ou ressentir le refus d’un.e partenaire d’avoir une relation sexuelle avec vous ? Du moment que le mot oui n’a pas été prononcé, c’est non. Basique, simple. Non ? Et si la situation vous semble ambiguë, c’est que le doute traîne quelque part, ce qui veut dire beaucoup de chose, mais pas oui. Encore manqué. Si la situation vous paraît ambiguë , brisez la glace mais pas la personne.

Extrémisme, injustice ?

Le but ici n’est pas d’accuser, de blâmer ou de discriminer un groupe de personnes en particulier. Néanmoins, je n’ai pas honte de dire que je souhaite faire ressentir de la culpabilité aux lecteurs, rien qu’une once. Pourquoi ? Parce que seules les victimes, et dans une autre mesure leurs proches, supportent et traînent ce fardeau ; alors que nous sommes tous responsables. Nous avons tous la possibilité de communiquer, de partager, d’avertir, de protéger. Pourquoi ? Car les victimes n’ont pas eu ce choix là, mais leurs agresseurs si. Personne n’a demandé aux victimes si elles voulaient ou non ressentir de la honte et de la culpabilité, elles l’ont ressenti, et à injuste titre qui plus est. Donc soyons un peu solidaire.

D’autant plus, comment ne pas ressentir de la culpabilité quand, au bout de plusieurs années voire de plusieurs mois, vous apprenez que votre ami.e, votre sœur, votre frère, une connaissance ; s’est fait agressé.ée sexuellement de manière quotidienne, et que vous n’avez rien vu ? Comment encore ne pas culpabiliser quand cet agresseur ou cette agresseuse était votre ami.e ? Je ne sais pas.

Véritable agression sexuelle ou simple faux-pas ?

Dérapage, erreur de jeunesse, faux-pas à cause de l’alcool ? Non. Ce sont des agressions qui ne sont en rien excusées.

Toutefois, devons-nous ostraciser toutes les personnes qui un jour ont commis une agression sexuelle ? Nous le pourrions, dans la mesure où le trauma ostracise l’âme de chaque victime. Mais nous pouvons aussi avoir l’espoir que grâce aux nombreux témoignages de victimes, des témoignages d’agresseurs ou agresseuses voient aussi le jour, pour exprimer leurs remords, leur culpabilité, leurs excuses, leurs engagements de changer. Changer en consultant des psychologues ou psychiatres, changer en s’excusant, changer en en parlant à leurs proches, changer leurs comportements quotidiens, changer en militant pour l’égalité des sexes, etc. Bien sûr, vous me direz que cette liste d’idées ne pardonne rien et ne change rien en soit. Mais peut-être que certains agresseurs ou agresseuses voudront se racheter un jour, se racheter auprès de leurs victimes et de la société car honnêtement, combien d’entre eux seront traduits en justice ?

Ce texte n’est certes pas parfait, ne traduit certes pas tous les traumas, mais a au moins une seule bonne raison d’exister : en faisant prendre conscience d’une certaine réalité, il cherche simplement à progresser vers un changement des comportements individuels et collectifs.

Idéaliste, naïf ? Peut-être. Hegel disait : « rien de grand ne s’est accompli dans le monde sans passions », et je dirais même « sans espoir ».

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