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Les Aztèques sous la lumière du dieu Soleil

 

« L’homme est fait pour être Vasco de Gamma, et pas employé de bureau ». Pour Jacques Brel, c’est l’aventure, les rêves qui font vivre. Alors levons nos fesses délicates de notre canapé et partons, explorons le monde, l’histoire, les civilisations.

« La valeur d’un homme se calcule à sa démesure. Tentez, essayez, échouez, ce sera votre plus grande réussite. » Une idée semble importante dans notre entreprise : Découvrir.

 

Nous levons donc les voiles et traversons l’océan. Deux mois plus tard, j’aperçois la terre ! Une cité semble se dessiner. Elle est éclatante, se dresse fièrement. Des édifices gigantesques la dominent. Le soleil se tient juste derrière et les fait briller de mille feux. Comme les espagnols en 1519, nous venons d’arriver sur la terre des peuples du soleil. Nous sommes sur le point de rencontrer une civilisation brillante qui nous émerveille encore aujourd’hui par ses temples, ses sculptures, ses musiques, ses couleurs, ses bijoux : les Aztèques.

Les Aztèques ont dominé la région de l’actuel Mexique entre 1440 et 1521. Ils s’inscrivent dans « les civilisations du soleil » qui ont habité ce territoire entre le VIIIème et XVIème siècle. Aux origines, les aztèques sont un peuple guerrier considéré comme barbare par les civilisations dites classiques qui dominaient à l’époque, et vivaient à Aztlan dans le Nord-Ouest du Mexique. Au VIIIème siècle les civilisations classiques, dominées notamment par la citée de Teotihuacan sur le plateau central, déclinent et c’est la tribu Toltèque qui fait tomber la cité et instaure son hégémonie. Elle impose alors sa domination sur tout le pays pendant six cents ans. L’héritage de ce peuple est la base de toutes les civilisations d’Amérique centrale avant l’arrivée espagnole, tant dans la religion que l’architecture et les arts. Ce sont les premiers à établir un mode de vie sédentaire en créant d’immenses citées comme Cahluan, la capitale Toltèque. Néanmoins ce peuple tombe en 1168. La nouvelle se répand dans les tribus alentours et toutes se mettent en route vers le plateau central: c’est la période migratoire. Les tribus barbares atteignent les unes après les autres la cité et mettent fin au règne des Toltèques. Les Aztèques sont les derniers à arriver et subissent une lourde défaite. Ils se réfugient alors sur les îlots d’une zone marécageuse sur le lac Texcoco. C’est alors que la légende de la création de Tenochtitlan s’écrit. Uitzilopochtli, le premier souverain aztèque entend le dieu serpent-aigle Quauhcoatl (un des dieux principaux) lui parler. Il lui révèle que son temple et sa cité doivent être bâtis « au milieu des flancs, parmi les roseaux, sur une île rocheuse où l’on verrait un aigle dévorant joyeusement un serpent ». Tous les membres de la tribu cherchent alors cet endroit dévoilé par le dieu. Ils le trouvent finalement : des chasseurs repèrent un aigle, perché sur un figuier de Barbarie, qui tient dans son bec un serpent. Les Aztèques édifient alors leur premier sanctuaire, une simple cabane de roseau dédiée à Uitzilopochtli, au milieu d’un marécage qui deviendra plus tard le cœur de la mythique cité de Tenochtitlan.

Pour se faire une place parmi les grandes civilisations, les Aztèques doivent passer par le sang. Or ils sont bien trop peu nombreux et subissent défaites sur défaites. Ils s’allient donc avec les cités de Tlacopan et Texcoco, créent la triple alliance afin de gagner en puissance. Les trois souverains veulent encore étendre leur territoire, et sous le commandement des guerriers aztèques expérimentés, ils conquièrent. En 1440, on peut considérer qu’ils dominent toute la région du plateau central. L’Empire met en place une administration de provinces et on en compte 38 à l’arrivée des espagnols. En tant que chef et éléments maîtres des armées, les aztèques ont une importance capitale et en profitent pour étendre leur souveraineté, au détriment des deux autres cités. Leur empereur est seul décideur et prend le contrôle de l’Empire. Il y développe un modèle de société où chaque citoyen est égal, qu’il soit cultivateur ou guerrier. Chacun peut parvenir aux plus hautes responsabilités en prouvant sa valeur. Les esclaves sont traités comme des citoyens, on trouve également des artisans, des négociants et des dignitaires, héritiers de l’ancienne noblesse. La seule hiérarchie se fait dans le statut supérieur dont disposent les prêtres. Une structure administrative très précise est également créée.

 

La civilisation aztèque se consolide et devient de plus en plus majestueuse. Des temples de plus de 45 mètres, des palais dorés, des sculptures, des bijoux et pierres précieuses, lors de leur arrivée, les espagnols ont été ébahi par la magnificence de Tenochtitlan, meilleur exemple de la réussite aztèque. La capitale accueille plus de cinq cent mille habitants et s’étend sur un million d’hectares. Elle est construite sur des îlots marécageux et adopte une structure semblable à celle de Venise avec un réseau géométrique de canaux, rues et places. Le centre de la cité demeure sur le premier sanctuaire de Uitzilopochtli. On y a édifié le temple Mayor, construit sur le modèle Teocalli, les pyramides à degré propre aux civilisations du soleil. La Pyramide compte trois escaliers pour s’élever à 45 mètres de haut. Au sommet se trouvent les temples jumelés de Uitzilopochtli et Tlaloc (dieu de l’eau). Le cœur de la cité s’articule autour de la pyramide. A l’intérieur d’enceintes crénelées et décorées de têtes de serpents, s’élèvent les temples ronds de Quetzacoatl, Tezcatlipoca, Ciucoatl, le panthéon des dieux étrangers et le temple du soleil. Les monastères, collèges, écoles de musique et d’artisanat sont également dans des pyramides et des tours qui surplombent la place centrale. Le quartier voisin accueille les palais impériaux. Ils abritent des jardins, des canaux, des zoos de jaguars et pumas, des volières d’oiseaux tropicaux… mais aussi les appartements des dirigeants, les tribunaux, les trésor, salles de musique et de danse. Ils sont ornés d’or, de jade et autres pierres précieuses de plusieurs couleurs. Tout comme les jardins, les palais sont très colorés. Ces endroits constituent le centre politique et administratif de la citée. Le reste de la ville se structure en quatre quartiers : Teapon (quartier du temple) ; Aztacalo (maison des hérons) ; Cuepepon (où éclosent les fleurs) ; Mayotland (l’endroit des moustiques). L’architecture et l’agencement de la ville témoignent du très haut niveau des aztèques en mathématiques et géométrie notamment. Le style aztèque se caractérise par les pyramides à étage avec des escaliers très raides, associées à des édifices horizontaux, les palais, au sommet. On remarque beaucoup de sculptures, de panneaux à bas-relief. Les colonnes sont sculptées et les enceintes crénelées et décorées de têtes de serpents.  

L’habillement des Aztèques est aussi raffiné que leur architecture. Les hommes portent un pagne brodé et un manteau noué sur l’épaule avec parfois une chemise. Les femmes s’habillent d’un corsage et d’une jupe. Tous les vêtements sont décorés de motifs géométriques ou figuratifs d’animaux et de fleurs stylisées. Les tenues polychromes sont agencées avec goût. Les couleurs permettent de distinguer les différents statuts : le vert et turquoise sont réservés à l’Empereur, les prêtres sont en blancs et verts foncés. Les femmes se parfument et se coiffent. De plus, hommes et femmes portent des bijoux issus du très haut niveau d’orfèvrerie qu’ont les artisans. Les colliers, bracelets et boucles d’oreilles sont subtils et admirés par les espagnols.

La connaissance et le raffinement des Aztèques ne s’arrête pas là. La contemplation du ciel et des astres leur a fait développer un grand nombre de connaissances en astronomie. Ils connaissent la durée d’une année, de révolution de la Terre et celle de Vénus par exemple. Ils établissent sur ces bases un découpage du temps qui est un monument intellectuel. D’autre part, ils écrivent et lisent beaucoup. Les livres portent surtout sur l’interprétation des songes, l’histoire, les héros et la guerre. Ils sont conservés dans de magnifiques bibliothèques dans les palais. De la même manière, ils développent un style artistique en danse, peinture, musique et sculpture, très caractéristique et qui enthousiasme les européens. Enfin les bonnes manières et la maîtrise de soi étaient primordiales dans leur mode de vie.

 

L’apogée Aztèque se situe entre 1486 et 1502, sous le règne de Ahuitzotl. Néanmoins, à côté du savoir et de la délicatesse, la violence vient faire contraste. C’est un peuple guerrier et violent, notamment à cause de leur religion. Les Aztèques se représentent le monde comme une croix de Malte aux extrémités de laquelle se trouveraient les dieux. Pour eux le monde contemporain succède à quatre univers précédents, les quatre soleils, où les hommes avaient été abominablement détruits. Le premier soleil, naui-ocelotl (quatre jaguars), avait pris fin dans un gigantesque massacre des hommes, dévorés par des jaguars. Le deuxième, naui-eecatl (quatre vents) avait vu le Serpent à Plumes Quetzalcoatl faire souffler sur le monde une tempête magique qui avait transformé les hommes en singes. Tlaloc avait détruit le troisième, naui-quiauitl (quatre-pluies), sous une pluie de feu. Enfin le quatrième soleil, naui-atl (quatre-eaux), s’était achevé sous un déluge de 52 ans. L’humanité contemporaine des Aztèques doit son existence à Quetzalcoatl. Le Serpent à Plumes est allé, sous forme de dieu à tête de chien, Xolotl, dérober aux enfers les ossements desséchés des morts et les a arrosés de son propre sang pour leur redonner vie. Ce cinquième soleil est destiné à mourir à cause de tremblements de terre qui engloutiraient tout. La mission des Aztèques, peuple du soleil, est de maintenir le cinquième soleil de vie, de repousser infatigablement les assauts du néant. Pour cela ils doivent fournir aux dieux du soleil, de la terre et de l’eau, l’eau précieuse sans laquelle le monde ne fonctionnerait plus. Il s’agit de sang humain. Les Aztèques mènent donc régulièrement des guerres, dans l’objectif, certes de conquérir des territoires, mais particulièrement de faire des prisonniers pour les sacrifier. En effet, tous les 52 ans, le Feu Nouveau, symbole de la vie du cinquième soleil devait être rallumé. Il s’agit du rituel le plus important de la religion aztèque. Les prêtres montent au sommet de la montagne Vixachtecatl pour le réaliser. Les habitants éteignent toutes les lumières, brisent la vaisselle dans leur maison. Un homme doit être sacrifié. On actionne le tlequauitl (bâton de feu) sur sa poitrine sanglante. Le feu s’allume et le sacrifié est jeté dans les flammes. Après avoir observé les pléiades, les prêtres indiquent au messager d’amener la nouvelle flamme jusqu’à la ville pour débuter un nouveau cycle. Le rite du Feu Nouveau a été réalisé sept fois en tout. 

Hormis ce rite, les Aztèques vénèrent différents dieux : le disque solaire, Quetzalcoatl, Uitzilopochtli, Tezcatlipoca (presque aussi important) le symbole de la grande ourse et du ciel nocturne, Tlaloc, dieu de l’eau, sont les principaux.

 

Après un règne de presque cent ans, les Aztèques voient leur fin arriver par les mains espagnoles. En 1492, Christophe Colomb arrive dans les Philippines. En 1517, le commandant Francisco Hernandez de Cordoba est le premier à entrer en contact avec les populations d’Amérique centrale, ici les mayas. Ces derniers repoussent violemment l’arrivée espagnole. La rencontre avec les Aztèques se fait beaucoup plus amicalement. Les européens reçoivent des cadeaux : vêtements de luxe, fruits, or et pierres précieuses. Au printemps 1519, le conquistador Hernan Cortés débarque sur les côtes avec son expédition de 11 navires, 508 soldats, des chevaux et des pièces d’artillerie. Il est également reçu avec des cadeaux. Mais ces derniers lui font seulement comprendre la richesse du peuple Aztèque et son projet devient l’élimination de cette civilisation. Les cités voisines de Tenochtitlan sont assaillies et la fumée et les cris de lamentation annoncent aux oracles le destin funeste. De plus, 1519 est l’année de fin du cycle de 52 ans… Les espagnols massacrent les dignitaires aztèques mais sont repoussés en dehors de la ville. Ils mettent alors en place le siège et isolent complètement la cité. La faim, le manque d’eau et les épidémies viennent à bout de la population. Le dernier souverain aztèque, Cuauhtemotiu (Aigle qui tombe) se rend. Le 13 août 1521, Tenochtitlan est complètement détruite, la civilisation du soleil s’est couchée à jamais.

Au port, le bateau revient. Les voiles sont usées, la coque craquelée, les marins fatigués. Pourtant ce bateau est magnifique. Il transporte des cargaisons entières d’or, de pierres précieuses, d’oiseaux, de vêtements brodés, de sculptures de Uitzilopochtli, de Quetzalcoatl, d’odeurs, de souvenirs des éclats des pyramides et des temples. Mais surtout les récits merveilleux de l’histoire du peuple du soleil.

Par Thibault Michelin