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  • Reportage
Marcel Picot, bien plus qu’un simple nom de stade

 

Demandez aux joueurs de l’équipe de football du campus ce qu’évoque le nom de Marcel Picot pour eux et la réponse devrait fuser de suite. Lieu d’entraînement le lundi soir et le jeudi après-midi, le stade portant ce nom est un endroit déterminant pour toute l’équipe de foot alors que la dernière ligne droite vers les Collégiades vient d’être amorcée. Néanmoins, sur le campus, qui saurait véritablement expliquer qui était Marcel Picot ?

 

Comme dans un jeu de devinettes, certains penseront à une figure politique locale de premier plan, puisqu’un tel hommage ne peut être rendu qu’à un homme dont l’œuvre et la mémoire auront contribué à rendre la ville de Nancy meilleure. D’autres opteront plutôt pour un ancien joueur mythique de l’AS Nancy Lorraine (ASNL) et se demanderont d’ailleurs comment le larron a bien pu voler la vedette à Michel Platini, incontestablement le meilleur footballeur ayant joué à Nancy. Néanmoins, la vérité ne se trouve même pas à mi-chemin entre ces deux hypothèses, et il est important de mettre les choses au clair et de rendre hommage à la mémoire d’un homme dont la vie aurait pu inspirer le scénario d’un film à rebondissements.

 

En effet, même s’il est loin d’être une très grande notoriété, Marcel Picot reste une figure importante de la ville de Nancy. D’ailleurs, la vie de celui qui fut vendeur de chapeaux se résume en grande partie à l’amour qu’il portait pour sa ville. Connu comme le loup blanc dans chaque recoin de Nancy, l’homme était apprécié pour sa joie de vivre et ses convictions. Engagé volontaire dans l’armée, la vie de Marcel Picot prendra un nouveau tournant après la Première Guerre mondiale. Emprisonné en Bavière et libéré à la fin de la guerre, il se lance dans la vente de chapeaux en compagnie de son beau-frère et monte sa propre entreprise. Pour les plus friands amateurs du patrimoine local parmi vous, il faudra faire un tour à l’angle de la rue des Carmes et de la rue Saint Jean pour retrouver des vestiges de cette chapellerie.

 

Le père du sport de haut niveau à Nancy

 

Surtout, Marcel Picot noue avec le sport une relation particulière durant la Grande Guerre. Il monte une équipe de hockey sur gazon durant sa détention en Allemagne et y revient avec de fortes convictions. De retour sur Nancy, Marcel Picot, âgé de 25 ans, décide de s’engager davantage pour la jeunesse à travers le sport. Pour lui, cette jeunesse française a été trahie par le pouvoir. Un pouvoir qui n’a jamais hésité à envoyer sa jeunesse au front, la sacrifiant sur l’autel d’une guerre inutile. Ancien président de l’UNEF, Marcel Picot prend assez rapidement les commandes du Stade Universitaire Lorrain et investit massivement dans le sport. La fusion du Stade Universitaire Lorrain et du Football Club Nancéien renforce le projet de Marcel Picot. Cette structure devient une référence dans le département, d’autant plus que les travaux du chapelier sont appréciés. Sa méthode familiale mais rigoureuse porte ses fruits et pas uniquement sur le plan sportif. Son entreprise gagne du galon et s’établit rapidement comme une référence dans l’Est de la France, de sa ville natale jusqu’à Strasbourg.

 

Marcel Picot restera à jamais le père du sport de haut niveau à Nancy et le stade portant son nom en atteste. Marcel Picot n’a pas seulement permis à sa structure sportive de se professionnaliser au fil des années, il lui a également donné un lieu d’expression, une infrastructure viable et à la hauteur de ses convictions. En effet, Marcel Picot obtient un terrain à Tomblaine en 1921 où le Conseil municipal de la ville autorise la  construction d’un stade. Là encore, une petite victoire puisque ce projet fut préféré à celui de la construction d’un cimetière sur cette étendue de plaine abandonnée. Un lieu qui consacre en fin de compte l’expression de la jeunesse plutôt que celle de la mort et de l’oubli, comme une parfaite illustration des convictions de Monsieur Picot.

 

La professionnalisation du sport nancéien est plus que jamais en route. Marcel Picot n’y est pas entièrement favorable, jugeant que franchir ce pas reviendrait à renier une partie des valeurs familiales et fraternelles de la structure au profit de la formation d’une élite et de la mise en place d’une compétition permanente. Pourtant, Marcel Picot a fait vivre le sport nancéien jusqu’au bout n. Il s'évertue  à organiser des événements sportifs dans le tout nouveau stade du Pont d’Essey. L’histoire retiendra que l’inauguration de cette nouvelle structure en 1926 fit la part belle à l’athlétisme, même si le lieu s’est de plus en plus consacré au foot au fil des années pour ne plus que accueillir les matchs de l’ASNL aujourd’hui Un club, qui tire d’ailleurs ses racines de l’acharnement et des convictions d’un homme, un homme mort en 1968 et dont le nom fut donné à « son » stade en 1969. Un honneur comme un dernier hommage à un historique de notre ville. Un grand homme malgré tout trop vite oublié.

Par Edgar Perronet