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March4OurLives

Le 24 mars 2018 restera une date fatidique de la présidence Trump, voire de l’histoire de la politique américaine. A Washington D.C., pas moins de 800 000 personnes, dont une large majorité de jeunes lycéens et étudiants, ont pris part à ce qui pourrait être la plus grande manifestation que les États-Unis aient jamais connue.

 

Dans des dizaines de villes outre-Atlantique, les foules ont battu le pavé, exprimant un sentiment d’exaspération face à une législation jugée trop laxiste en matière d’armes. Selon l’organisme à but non lucratif Gun Violence Archive, près de 3500 personnes ont été tuées, et 6000 blessées aux États-Unis durant les trois premiers mois de 2018. Parmi ces victimes, 783 étaient mineures et 148 avaient moins de 11 ans. Le 14 février 2018, à Pompano Beach dans l’État de Floride, 14 adolescents et 3 professeurs ont été abattus  au sein du lycée Marjory Stoneman Douglas par un ancien élève, armé d’une arme semi-automatique de type AR-15. Ce fut la tuerie de trop dans un pays souvent endeuillé par des attaques armées, généralement du fait de personnes souffrant de maladie psychiatrique. Le puissant lobby pro-armes (National Rifle Association, NRA) et le président Donald Trump se retrouvent sous le feu des critiques, préférant favoriser le secteur de l’armement qu’assurer un environnement serein aux lycéens américains.


 

Afin de réagir à cette vague revendiquant un changement radical de législation au niveau fédéral, la Maison blanche a organisé, une semaine après la tuerie, une rencontre avec des élèves et parents de victimes. L’objectif était de détendre une situation épineuse: les revendications des lycéens allant à l’encontre de celles de l’électorat et des soutiens financiers de D. Trump. La communication politiquement correcte, sonnant faux, du président sur Tweeter et un manque de courage criant de la part du Congrès pour une réforme de grande ampleur signent le coup de grâce. La génération des Millenials veut désormais prendre les rênes et appelle au changement. Sur la scène de la manifestation du 24 mars, plusieurs visages désormais connus des Américains ont défilé . Parmi eux, Emma González a donné une plus grande portée au mouvement grâce à son émouvant et revendicatif discours anti-establishment.  Elle y dénonce le double discours des membres du Congrès ainsi que leur manque d’initiative concernant la restriction de la circulation des armes à feu. La petite-fille de Martin L. King Junior, un survivant de la fusillade ou des militants anti-violence de quartiers sensibles  de Chicago ont également pris la parole.

 

On assiste à une politisation de la génération post-11 septembre, qui a déjà été confrontée, en moins de deux décennies, à des thématiques brûlantes : guerre contre le terrorisme menée par l’administration de G.W. Bush, une crise économique mondiale ou encore la prise de conscience d’un désastre écologique global et imminent. Le message de la jeunesse américaine est clair : « Vote them out ! »: une absence de changement aura des conséquences sur les prochaines échéances électorales. Certains États américains, principalement démocrates, ont d’ores et déjà engagé des réformes visant à restreindre l’acquisition de semi-automatiques. Selon Politico, la campagne des Démocrates ne se concentrera pas uniquement sur la thématique des armes à feu, mais s’opposera plus généralement au Président Trump. Les élections de mi-mandat pourraient alors nuire à l’exécutif en perdant la majorité à la Chambre des représentants.

 

Ce mouvement citoyen remet en question le sacro-saint deuxième amendement de la Constitution, stipulant « qu’une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d'un État libre, le droit qu'a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé ». Cet amendement était d’ailleurs adapté à un contexte socio-politique bien particulier. Le jeune État fédéral ne pouvait exercer ses pouvoirs régaliens sur un territoire aussi vaste et dépeuplé qu’étaient les États-Unis au 18ème et 19ème siècle. Les Américains restent néanmoins attachés à ce droit presque inaliénable.. Pour certains, les revendications du mouvement March4OurLives est perçue comme une atteinte inacceptable  à leurs droits fondamentaux.

 

Par Bilal Berady