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Mostafa Fourar : "Je suis le produit de mon propre parcours".
Mostafa Fourar est le candidat non encarté investi par l’alliance Les Républicains/ UDI aux élections législatives de 2017 dans la 1ère circonscription de Meurthe et Moselle. Dans quelle mesure est-il relié à ces deux partis ? Pourquoi se dit-il différent des autres candidats ? Ce sont deux des nombreuses questions auxquelles le candidat a accepté de se soumettre lors de son interview exclusive pour Der Parvenu.

ATTENTION : Cette interview a été réalisée quelques jours avant le premier tour. 

Vous êtes un novice en politique. Pouvez-vous vous présenter brièvement et nous expliquer les raisons de cet engagement récent ?

J’ai 53 ans et je suis candidat aux législatives pour la première fois. Je ne suis pas encarté. Professeur à l’école des Mines, je viens du civil. Je suis également directeur d’une école d’ingénieur, l’ENSEM (Ecole nationale supérieure d'electricité et de mécanique de Nancy). Je ne me suis engagé en politique qu’en 2014 après avoir effectué une mission en tant que recteur de l’académie de la Réunion. A mon retour j’ai rencontré Laurent Hénart, alors candidats aux élections municipales, qui après sa victoire m’a proposé le poste d’adjoint en charge de l’éducation. Refusant de cumuler et afin de reconquérir la première circonscription (aujourd’hui aux mains du PS ndlr ), il m’a par la suite proposé d’être le candidat de l’UDI. Dans le cadre d’un accord national entre l’UDI et les Républicains, j’ai été investi par ces deux partis.

En tant que candidat aux législatives, quel est votre programme et en quoi diffère-t-il de celui des Républicains ?

Quand on se présente à une élection législative on ne se présente pas avec un programme personnel. Le député est un représentant de la nation, il s’inscrit donc dans la dynamique d’un parti et adhère à une plateforme, un ensemble d’idées. Mes idées me rapprochent d’avantage de l’UDI et des Républicains, c’est-à-dire de la droite et du centre. Je n’ai pas de projet personnel mais j’ai des convictions  et des idées que je pourrais soumettre, notamment dans le domaine de l’éducation mais aussi dans la rénovation de la politique. On voit bien que nos institutions sont arrivées à bout de souffle. On le voit notamment à travers la multiplication des candidatures.  

Considérez vous cette multiplication comme un problème ?

Je pense que le système traditionnel a changé. Ca n’est pas un jugement de valeur. Il y’a des têtes nouvelles avec des parcours nouveaux. Le désir de la part de la population française d’avoir des personnes d’expérience et qui ont un autre vécu que la seule politique, est fondamental.

Vous avez en effet vous dit, “Je ne suis pas le produit d’un parti politique”. Mais le fait est que vous êtes soutenu par Laurent Hénart et par l’alliance UDI-Les Républicains. Êtes vous vraiment différent des candidats encartés dont la politique serait le métier ?

Je me différencie des gens qui ont fait une carrière en politique et qui cumulent des mandats et des rémunérations. Ces profils, les gens n’en veulent plus. Il faut du renouveau. De par ma capacité à avoir séduit et convaincu l’UDI puis les Républicains à rassembler autour de mon parcours et de mes valeurs, je suis libre. Cette liberté je la préserve puisqu’elle me permet de m’exprimer sans devoir me référer à qui que ce soit. Je suis le produit de mon propre parcours mais je me reconnais parfaitement dans les idées défendues par la droite et le centre.

Vous dites avoir su rassembler tout en n'étant pas encarté. Mais étant investi par des partis ayant de l’importance, l’UDI et des Républicains, cela ne semble-t-il pas naturel que vous récoltiez un nombre important de soutiens ?

En effet. Tout comme certaines personnes qui m’entourent pour mener ma campagne et qui ne sont ni chez les Républicains, ni à l’UDI. Nous restons tout de même dans un système qui repose sur les partis politiques. Plus que les partis eux-mêmes c’est le problème du renouvellement en politique qui se pose. Le vrai pouvoir devrait être local, il faut d’avantage de transfert de compétences vers les régions. Dans cette perspective, il nous faut des députés avec un profil technique et qui peuvent s’investir dans un dossier. Pour ma part, je suis également favorable à ce qu’on limite les mandats dans la durée et qu’on le réfléchisse à la proportionnelle. Ce sont des manières d’assurer une rénovation de la politique.

Vous vous décrivez vous -même comme un technicien, un homme proche du terrain. Pensez-vous que c’est grâce à ces caractéristiques que vous avez été préféré à Eric Pensalfini, un homme politique d’expérience chez les Républicains, candidat à la députation en 2012 et qui a décidé se présenter contre vous en tant que dissident ?

Monsieur Pensalfini est un maire apprécié par sa population mais qui est exactement l’opposé de mon profil. C’est quelqu’un qui cumule, qui est là depuis très longtemps mais qui n’a pas l’expérience que j’ai. Je dirige une école d’ingénieur mais j’ai surtout dirigé une académie de 240 000 élèves et étudiants avec un budget de 1,5 milliard d’euros. Cette expérience m’a permis de travailler étroitement avec plusieurs ministères. Je suis capable de porter un projet et d’aller taper aux bonnes portes.

Vous pensez donc être plus légitime qu’ Eric Pensalfini?

J’ai en tout cas plus d’expérience dans le domaine de ce que l’on attend d’un député.

Si l’on suit votre raisonnement, vous considérez qu’il faut un bagage technique important, que peu possèdent, pour pouvoir être député.

Non. Je considère aujourd’hui que les gens ne veulent plus des cumulards. Sinon on reproduit exactement ce qui se passe depuis des décennies. Ma conviction est qu’il faut des gens avec un expérience de la vie et avec des profils professionnels pour pouvoir apporter un regard nouveau. Je ne porte pas un jugement sur la capacité des individus, mais sur les profils des gens.

Comment se sont déroulées les négociations entre les Républicains et l’UDI quant à l'investiture des candidats aux législatives? Existe-t-il des quotas ou un certain nombre d’investitures réservées à l’un ou l’autre parti ?

Tout ça est déjà derrière nous. L’UDI a tout d’abord soutenu Alain Juppé lors de la primaire de la droite et du centre. Après la victoire de François Fillon, il y’a eu une rencontre entre les leaders de l’UDI et des Républicains ainsi que des discussions à propos du programme présidentiel et des accords législatifs. Certaines circonscriptions ont été réservés aux candidats LR, les autres aux candidats de l’UDI.

François Fillon est-il revenu sur des points particuliers de son programme pour faire consensus avec l’UDI ?

Sur un certain nombre de sujets, oui. Nous avons par exemple rappelé l’importance du principe de laïcité, nos propositions quant à la santé ou nos doutes quant à la suppression de 500 000 postes de fonctionnaires. Nous sommes d’accord sur le principe, mais pensons que c’est quelque chose qu’il faut programmer dans la durée et étudier au cas par cas. Des aménagements peuvent être effectués mais les grandes orientations sont acquises. Il n’y a donc pas d’état d’âme à mettre en place un programme sur lequel nous nous sommes mis d’accord.

Vous dites être libre et avoir vos propres idées.  Quelles obligations avez vous vis-à-vis de l’alliance Républicains-UDI et si vous êtes élu, à quel point serez-vous lié aux partis ?

Quand nous avons accepté l’investiture de l’UDI et des Républicains, c’était pour défendre le projet porté par ces deux partis. J’adhère totalement au programme de François Fillon. Quand je serai élu, je m’engagerai à défendre ce programme que tout le monde considère comme étant celui qui convient le mieux au pays.  C’est le cas sur le plan économique, par rapport à la réduction du nombre de députés, à la maîtrise de la masse salariale de l’état, mais aussi à la défense des valeurs de la république.

Quelle influence cela aurait-il au niveau local ?

Les problématiques au niveau de la circonscription ne sont pas déconnectées de ce qui se passe au niveau national. Les problèmes de l’agriculture dans les communes rurales de l’agglomération nancéienne ne sont pas très différents des problèmes que rencontrent les agriculteurs partout en France. Le problème de l’échec scolaire est également le même partout. Les parents veulent des conditions favorables à l’éducation de leurs enfants et qu’on assure les conditions favorables aux créations d’emplois pour leurs enfants. Sans parler de la question de la transition énergétique qui concerne le local autant que le reste du pays. Pour ma part je pense qu’il y’a de nouveaux modèles qui mériteraient d’être explorés.

Pensez-vous vraiment  que dans le domaine de la transition énergétique, François Fillon sera celui qui pourra faire changer les choses?

François Fillon porte beaucoup d’efforts sur l’innovation technologique. Ce qui nous handicape aujourd’hui dans ce domaine c’est le fameux “principe de précaution” qui est inscrit dans la constitution. François Fillon s’est engagé à le supprimer. Ce qui caractérise l’innovation c’est aussi une certaine prise de risque. Se limiter comme on l’a vu avec le gaz de schiste et la décision du gouvernement de François Hollande à ne même pas autoriser la prospection, c’est pour moi le contraire même de ce qu’il faut faire en matière de recherche.

La suppression de postes de fonctionnaires et l’allongement du temps de travail des enseignants voulus par François Fillon ne vont-t-ils pas à l’encontre de votre volonté de rendre l’éducation plus efficace ?

Rendre l’éducation plus efficace ne signifie pas créer plus de postes. Quand j’ai été nommé à la Réunion en 2009, il y avait à l’époque la volonté du Président de la République de ne pas renouveler un départ sur deux à la retraite. Au niveau de la Réunion, je m’étais engagé à ce que le nombre d’élèves par classe ne bouge pas, tout en supprimant les postes demandés par le gouvernement. Il y a pour cela des leviers. Il faut identifier les secteurs nécessitant de la création d’emplois et ceux ayant des marges d’économie. La police est par exemple fortement sollicitée actuellement dans le contexte des attentats. On ne peut donc à priori pas supprimer de postes. Le bon sens exige alors de transformer certaines missions. Quand un policier fait la garde devant un bâtiment ministériel ou autre, est-ce réellement le travail d’un policier ? Ne faudrait-il pas les remettre sur le terrain et inventer d’autres moyens d’assurer la sécurité des personnalités ?

Cela se traduirait-il par plus de privé ?

Pas nécessairement. Quand vous avez une école avec un nombre d’élèves par classe trop élevé, le bon sens est de le diminuer en répartissant. A l’inverse, quand vous avez des classes à faible effectif, il faut regrouper. Un jour, il va bien falloir savoir comment financer la dette de l’état. Si je prends un exemple à l'échelle à Nancy : le maire Laurent Hénart s’était engagé à ne pas augmenter les impôts lors de sa candidature. Pour financer de nouvelles actions il faut alors réduire d’autres actions et optimiser. C’est ce que nous fait en regroupant les écoles Saint-Pierre et Bonsecours. Cela nous a permis d’économiser 2 millions d’euros et de rénover entièrement l’école Saint-Pierre. Si par dogmatisme on ne touche à rien alors on ne fera rien. On peut faire bouger les choses sans demander plus de moyens.

On rappelle que vous avez soutenu Alain Juppé. Dans quelle mesure la victoire de François Fillon aux primaires de la droite va-t-elle influencer votre politique si vous êtes élu en juin prochain ?

L’UDI a soutenu Alain Juppé. A la suite de la victoire de François Fillon, le parti a discuté avec Les Républicains pour établir le programme sur lequel nous nous présentons aujourd’hui.

Nous sommes à 3 jours du premier tour des élections présidentielles. Il y a une éventualité que François Fillon ne passe pas au second tour ou ne remporte pas les élections si il est finaliste. Il serait cependant possible qu’il y ait tout de même une majorité Les Républicains/ UDI à l’Assemblée nationale. Comment vous projetez-vous et comment agiriez-vous?

Si François Fillon est élu, je pense qu’il y a une forte chance, d’obtenir une majorité Les Républicains/ UDI à l’Assemblée .Si Emmanuel Macron passe, nous ne connaissons pas sa politique en matière de construction d’une majorité. Va-t il investir des candidats dans toutes les circonscriptions ? Va-t’il chercher des accords avec les autres partis ? Je n’en sais pour ma part strictement rien. Ce que je sais est que je me présente à cette élection pour la gagner et que je ferai tout pour la gagner.
S’il y a un deuxième tour Macron/ Le Pen ou Fillon/ Le Pen, je serai sur le terrain dès le lendemain afin d’inciter nos concitoyens à faire barrage au Front National. Les valeurs républicaines ne sont pas le monopole des uns ou des autres, on peut donc trouver sur l’échiquier politique un certain nombre de personnes qui respectent ces valeurs. Le Front National ne les respecte pas et les menace. Il est donc pour moi hors de question de laisser la moindre chance au Front National de gouverner ce pays car cela nous mènerait à la catastrophe. En ce qui concerne la sortie de l’euro par exemple, vous êtes l’exemple type de produit d’une culture multiple qui ne pourrait plus exister avec le Front National. . En rejetant l’Europe par démagogie, on prend le risque de l’explosion de l’Europe, de l’aggravation de la situation économique et de mettre les retraités dans une précarité grave. La sortie de l’euro signifierait en effet la dévaluation de notre monnaie et une diminution de notre pouvoir d’achat.

Vous dites regretter l’absence de débat autour de l’Europe. Les visions de l’Union européenne soutenues par les candidats sont pourtant très différentes.

Je ne me reconnais pas dans l’Europe décrite par Benoît Hamon, par Jean-Luc Mélenchon ou par Marine Le Pen. Je trouve qu’il y a un certain nombre de convergences entre la vision européenne d’Emmanuel Macron et celle de François Fillon, avec des sensibilités qui sont bien sûr différentes. On ne peut pas être d’accord sur tout, mais il y a au moins un dénominateur commun, qui est la sauvegarde de l’Union européenne. Il y a un certain nombre de priorités à re-définir et de réglages à effectuer. Le premier est de rendre la France plus compétitive pour pouvoir peser au sein de l’Union européenne. Le fameux moteur franco-allemand qui fonctionnait il y a quelques années semble être en panne. Chaque pays doit mettre en place des solutions pour sortir de la crise. On ne peut pas demander à l’Allemagne de régler les problèmes français. Dans ce sens nous devons commencer par nous préoccuper des charges des entreprises, qui limitent la création d’emplois et pénalisent la compétitivité. A une autre échelle, il faut ensuite s’occuper de l’Europe? de la diplomatie et de la défense, celles-ci n’étant pas construites. On voit bien que sur des problèmes aussi cruciaux que la guerre en Syrie, les positions au sein de l’Union européenne divergent. Il est nécessaire que l’Union européenne puisse peser sur la scène internationale, notamment du fait de l’inquiétante arrivée au pouvoir de Donald Trump aux Etats-Unis.

Par Julie Wagner et Pierre Freisinger