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Nico au Caméo - #1 - Les hirondelles de Kaboul
Par Bérénice J

Kaboul est sous le règne des talibans. Hommes comme femmes sont épiés et sanctionnés au moindre écart. Dans cette ville poussiéreuse qui a été détruite par de nombreux conflits, les habitants sont réduits au silence. Zunaira ne supporte pas de sortir et préfère rester chez elle, son coin où elle peut rêver, peindre, écouter de la musique et vivre en intimité avec son mari. Dehors, les femmes ne sont que fantômes bleus, lapidés quand leur comportement dévie de la loi des talibans. Atiq, gardien de la prison de femmes de la ville assiste indifférent au défilé de prisonnières qui passent quelque temps incarcérées avant d’être tuées. Lui est préoccupé par sa femme malade qui est un réel poids. Les vies de ces personnages s’entremêlent autour d’évènements tragiques que la douce musique de la bande sonore ne saurait qu’accentuer. A travers une fenêtre sur ces évènements qui semblent coupés du temps, les dessins d’aquarelle presque poétiques contrastent les atrocités que l’histoire décrit. La poésie de cette ville chaude où la tension règne semble presque indécente à ressentir face à l’inhumanité criante de ce qui s’y passe. Au milieu de tout cela, les hirondelles, leitmotiv de l’histoire, assistent à chaque moment de détresse et de destruction, suivant ces habitants malheureux comme pour rappeler qu’un infime espoir subsiste encore.

Les hirondelles de Kaboul est à l’origine un roman de l'écrivain algérien Yasmina Khadra rédigé en 2002. Il fait partie d'une trilogie ayant pour sujet les rapports conflictuels entre Orient et Occident. Dix-sept ans plus tard, l'histoire a été adaptée au cinéma par l'actrice et réalisatrice française Zabou Breitman. Elle a été épaulée par Eléa Gobbé-Mévellec, une graphiste et animatrice en charge de l’aspect visuel. J’ai trouvé le travail des images très abouti et l’ambiance ainsi créée unique. Ces images à l'aquarelle sont véritablement magnifiques. Tout au long du film, la palette de couleurs varie des tons sablés et défraîchis de cette ville détruite, aux tons verts et bleus, parfois rosés. En plus d’un visuel esthétique, les bruits de la ville sont très réalistes, qu'il s'agisse d'enfants qui s'amusent ou de coups de feu qui retentissent.

Du côté de la bande son, les mélodies n'empiètent pas sur l’action et ne font que souligner cette ambiance mystérieuse. Pour ce qui est du scénario, simpliste dans l'ensemble, il n'est pas dans la vocation de ce film de monter une intrigue palpitante. Au contraire, ce choix permet de décrire une époque dans un pays à travers quelques événements rapprochés. L'absence d'images réelles accentue ce choix en donnant un aspect universalisant à la narration. Il ne s'agit pas d'histoires isolées, mais d’un symbole pour une population opprimée. Cette prise de distance permet de se concentrer sur le sens politique, religieux et social derrière les images à l'écran. La place des femmes dans ce contexte est marquante, notamment lorsqu'on se retrouve dans les yeux de Zunaira pendant quelques instants, sous une burqa qui l'étouffe et ne la laisse voir le monde qu'à travers une grille.

(Nico vous laisse apprécier la bande son et vous dit à très vite)

"https://www.youtube.com/watch?v=ZkoJ1cf3cV4&list=OLAK5uy_nOEl-1Ot3B56fuW..."