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Un pays qui se tient sage, David Dufresne

Cet article a été écrit suite au visionnage du documentaire réalisé par David DUFRESNE, Un pays qui se tient sage, et au débat d’après-séance. De nombreuses idées données m’ont interpellée, et j’ai souhaité les retranscrire ici. Bonne lecture.

« L’État revendique pour son propre compte le monopole de la violence physique légitime. Son usage doit être nécessaire et proportionnel. » Un pays qui se tient sage débute par la lecture de cette citation de Max Weber. Cette violence mentionnée par Max Weber est présente tout le long du documentaire, à la fois dans son aspect physique mais aussi symbolique.
Le documentaire nous montre ainsi à de nombreuses reprises des extraits de vidéos filmées de manière amateure, dans lesquelles on assiste à des cas de violences policières. Il serait facile mais naïf de tenir les policiers pour uniques responsables de ces actes. Le problème ne réside pas, ou du moins pas initialement, dans le fait que des hommes et des femmes aient, au nom de la République, la possibilité de recourir à un usage de la force légitime, nécessaire et proportionnel. Il réside de manière structurelle dans le fait que l’institution qu’est la Police Nationale soit, comme son nom le suggère, au service de l’État et non pas du peuple. Tout comme les gilets jaunes, les policiers sont souvent issus de classes populaires. Des citoyens issus du même tissu social se retrouvent divisés par un État qui ne remplit plus la condition pour laquelle cet usage de la violence lui avait été conféré.
L’État français ne protège plus l’ensemble de ses citoyens. C’est là que s’exerce la violence symbolique. La redistribution des richesses se fait de plus en plus mince, avec la suppression de l’ISF, la baisse des APL, la réforme des retraites... Les inégalités s’accroissent dangereusement et seront bientôt comparables à celles présentes au 18ème siècle (Cf : Le Capital au XXIème siècle, Thomas Piketty).
Avec ces dérives de la police se révèle un problème dans la séparation des pouvoirs, fondement de l’état de droit. En effet, à l’occasion d’une scène du documentaire, on observe un ancien manifestant se ruer devant une gare et se cacher parmi des usagers pour passer inaperçu. Cinq policiers arrivent à leur tour, prennent dix secondes de réflexion, puis après avoir désigné le coupable, ils le saisissent, le plaquent au sol, et le rouent de coup à cinq. Ces policiers opèrent donc à la foi dans le cadre d’un pouvoir exécutif, avec l’interpellation du malfrat, et judiciaire, avec l’application d’une sentence. Il est anormal qu’une confusion des pouvoirs aussi flagrante se déroule, et qu’elle menace ainsi l’état de droit français.

Problème de liberté
La première devise de La République Française est la Liberté. Au cours d’une autre scène du documentaire, on assiste à la rencontre entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine au sujet du maintien de l’ordre dans leurs pays respectifs, où Vladimir Poutine se vante d’avoir moins recours à la force que l’État Français.
En effet, dans un pays comme la France où la liberté prévaut, la police occupe un rôle répressif. Si un usage de la liberté s’avérait abusif et menaçait la sécurité publique, la police serait alors chargée d’interpeller les concernés pour les remettre à la justice. Cette politique est également celle censée s’appliquer dans les manifestations.
Si Vladimir Poutine a moins recours à la force dans le cadre du maintien de l’ordre public, c’est pour la simple et bonne raison que la Russie est un État qu’on pourrait qualifier d’appréhensif : ce pays use en effet de nombreux moyens de dissuasion pour décourager toute forme de protestation politique.
Le problème actuel avec l’État français, c’est qu’il opère désormais lui aussi avec des moyens de dissuasion. Ces différentes techniques prennent par exemple la forme d’interpellations préventives. En droit français, il existe le terme juridique d’ « arme par destination ». Cela est dit d’un objet en apparence banal qui peut devenir dangereux selon l’utilisation qui en est faite. Une raquette de tennis ou des gants peuvent devenir des armes par destination, dans le cas où la raquette serait utilisée pour frapper quelqu’un, ou si les gants servaient à lancer des pavés. Or, au cours des manifestations des gilets jaunes, nombreuses ont été les arrestations préventives, et donc avant même l’établissement des faits, au seul motif que l’individu portait une arme par destination. Ce type de procédure n’a souvent pas abouti pour cause évidente de manque de preuve, mais toujours est-il que les individus en question furent empêchés de manifester à ce moment-là, alors qu’ils n’avaient commis ni infraction ni délit.
En plus de ces moyens directs de dissuasion à jouir de notre droit de manifester, de nombreux biais cognitifs sous forme d’auto-censure peuvent être établis. Parce que manifestation rime désormais avec violence et que cette image est massivement relayée par la presse, on a peur d’aller manifester, et on renonce ce faisant à l’un de nos droits les plus précieux. Cela nous amène ensuite à un terrible sentiment d’impuissance politique.

Pour terminer cet article, je vais vous parler rapidement de mon expérience personnelle sur ce sujet.
A la sortie du cinéma, j’étais bien sûr touchée par les images et la violence retransmise par le documentaire, mais j’étais encore plus révoltée.
J’ai encore 17 ans, je n’ai même pas le droit de vote, un de mes seuls moyens d’action politique est la manifestation. Et désormais j’ai peur d’aller manifester. Comment explique-t-on que dans un pays démocratique tel que la France, le pays des Droits de l’Homme, on se sente si politiquement impuissant ?
Je me suis renseignée sur le référendum d’initiative citoyenne, qui me paraît être une bonne solution à ce problème d’insuffisance politique, soulevé notamment par les gilets jaunes et les banlieues. Mais pour cela, encore faudrait-il qu’il soit à caractère décisionnel dans son adoption, avec évidemment un contrôle constitutionnel. Peut-être n’est-ce toutefois pas envisageable sous la Vème République, étant donné qu’une telle initiative n’est pas prévue par sa Constitution.
Je suis impatiente de lire vos réactions et vos opinions sur ce sujet !