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Pourquoi tu ne sauveras pas la planète avec ta trottinette éléctrique

Tout le monde l’a déjà rencontrée; qu’on soit habitant de Paris ou qu’on ait été, comme tout bon touriste qui se respecte, en vacances à Barcelone, Lisbonne ou Prague (désolé les Bretons... ). Tout comme les pigeons dans les grandes villes, on la croise partout. J’ai nommé : la trottinette électrique.

Bien qu’elle existe depuis de nombreuses années, c’est en 2018 que cette superstar à écolos et bobos a été découverte par le grand public. En 2017, l’entreprise Lime voit le jour en Caroline du Nord et propose la trottinette électrique comme concurrente aux pauvres vélibs, en panne et cassés depuis des années. Les trottinettes sont un moyen de transport écologique, simple et rapide. Il n’aura pas fallu attendre longtemps avant qu’elles soient adoptées dans la plupart des grandes villes américaines et qu’elles débarquent sur les côtes européennes, que ce soit en tant que trottinette Lime ou en tant qu’un de ses nombreux modèles concurrents.

Elle fut accueillie à bras ouverts par le public, étant vue comme la sauveuse de la crise écologique, à en créer une nouvelle « tendance ». La trottinette électrique a d’ailleurs réussi à se faire une place dans la culture urbaine. Sa popularité a grimpé en Y: que ce soit dans des clips, comme celui de JCVD de l’artiste marseillais JUL, ou dans des émissions télévisées, notamment Clique où l’humoriste Roman Frayssinet se moque gentiment de l’engin : tout le monde parle de la trottinette électrique, tout le monde a déjà vu une trottinette électrique, tout le monde s’est presque fait renverser par une trottinette électrique, mais surtout, tout le monde défend la trottinette électrique.

Outre son utilisation et son style très douteux (parce que oui, le style a tout de même son importance), deux problèmes que nous n’aborderons pas, la trottinette est en batterie faible là où elle promettait beaucoup : elle n’est en aucun cas écologique.

La trottinette électrique se proposait comme alternative à la circulation de voiture, un rôle qu’elle ne remplit pas.

Tout d’abord, la trottinette, étant disponible uniquement dans les centres-villes, là où, à la base, les personnes n’utilisent que peu la voiture, elle ne remplace en fait pas de trajets de voiture. Les habitants des zones périphériques continuent à utiliser leur voiture, tout simplement parce qu’il est interdit d’aller là où ils habitent avec la trottinette électrique. Les riverains préfèrent être dans leur voiture chauffée le matin en écoutant les Rita Mitsouko plutôt que de se prendre tout le vent de la terre en trottinette.

La même chose est valable pour le métro ou le bus : les personnes habitant à Lourmel et travaillant à Opéra (désolé les sauvag.. euh les non-parisiens, fallait naître au bon endroit pour comprendre) ne remplacent ni le métro, ni le bus par la trottinette électrique. C’est le cas pour plusieurs raisons. D’une part parce que c’est chiant de tenir un guidon à la con et de se prendre le froid dans la gueule septembre passé, mais d’autre part aussi parce qu’avec un bon vieux pass navigo, le métro et le bus sont clairement plus rentables.

De ce fait, les personnes qui utilisent la trottinette électrique ne sont pas comme on aime le prétendre des personnes qui auraient pris la voiture, le métro ou le bus à la place, réduisant ainsi les émissions de CO2, mais, au contraire, les piétons (qui à priori n’émettent pas trop trop de CO2 en marchant). Là où les piétons marchaient 700 mètres avant, ils utilisent désormais la trottinette électrique, encombrant ainsi encore plus les routes et les trottoirs souvent saturés dans les grandes villes et polluant ainsi davantage (parce que oui, ça pollue). Pour sa défense, c’est quand même bien plus rigolo pour Fabien de passer devant ses collègues en Lime pour montrer qu’il est Ecologyman, le super héros du climat, et qu’en plus il contribue activement au sauvetage planétaire, juste en roulant avec une trottinette, plutôt que de marcher. 

En plus, la trottinette électrique ne tient en moyenne que 7 mois avant qu’elle soit complètement cassée et inutilisable. Après une vie, certes courte, mais remplie de wheelings et de drifts, la trottinette doit être remplacée. Sauf qu’en 7 mois de courses clandestines à 10 kilomètres heure et de photos Instagram, la trottinette n’a en aucun cas le temps de « compenser » la pollution de sa production. Au lieu de réduire la pollution avec les trottinettes, on en cause davantage, sans prendre en compte les dégâts environnementaux que causent la production d’une batterie rechargeable, pleine de métaux dangereux, et toxique pour l’environnement.

En plus, une fois la trottinette déchargée, il faut la recharger (perspicace, n’est-ce pas ?). Or, pour se faire recharger, ces trottinettes se font récolter en camionnette diesel polluante par des privés qui les chargent par la suite. Les juicers, comme la start-up nation surnomme ces dealers de trottinettes à bobo, rechargent les engins électriques avec leur propre courant pendant 5 à 7 heures pour 5 à 10 euros par trottinette, ce qui pourrait paraître en soit assez correct. Le problème est que, rien que le fait de charger la trottinette coûte en moyenne l’équivalent de 7 euros de courant. Le juicer se fait donc au mieux 3 euros de winnings et au pire 2 euros de loss, sans prendre en compte le routing des scooters : il peut sembler qu’il y rière, mais on est plus proche du stagiaire qui se fait exploiter que du salarié. Comme dans tout bon business de start-up, on compte sur la naïveté des auto- entrepreneurs, qui pensent devenir successful avec leur workflow, leur independent business et leur free market competitivity, plutôt que de leur verser un salaire correct.

Si on tire donc une petite conclusion intermédiaire de ce que l’on a observé pour l’instant, on sait donc que “trottinette électrique” rime avec “pollution” et “exploitation”. Une chose que les critiques des trottinettes électriques n’ont pas pris en compte et que tout enfant sait, est que dès que quelque chose est appelé électrique et est peint en vert, il s’agit forcément de quelque chose de bien pour l’écologie. Toutes les critiques soulevées auparavant doivent donc être retirées, sachant que Lime a un logo vert et des produits électriques. Petit bonus pour la compagnie : le nom de fruit en anglais est un signe indéniable que cette compagnie est bien pour l’écosystème, parce que tout le monde sait que ce qui porte un nom de fruit est forcément écolo avec de pures intentions.

Lime, étant d’ailleurs tellement préoccupée par l’environnement et axée sur la bonté et le sauvetage de la planète, ne fait que payer ses trottinettes au Canada que 33 centimes par minute, soit 10$ pour une demi heure d’utilisation, remboursant le coût d’une trottinette de 400$ en 40 utilisations à 10 $, soit moins de 24 heures. Les critiques de la compagnie oseraient peut-être prétendre que l’entreprise cherche à gagner de l’argent, sachant que le prix d’une trottinette est rentabilisé en moins de 24 heures, mais ils ont sûrement dû oublier que Lime avait un logo vert, et que cette compagnie ne peut donc pas avoir son propre profit en tête et est purement écologique.

Lime sera d’ailleurs ravie de vous proposer à partir de 2022 en libre service les skateboards verts fluo manpowered en collaboration avec Tony Hawk et Greta Thunberg. La planche sera équipée de LED vertes chargées par des plaques solaires se trouvant sur la planche pour bien montrer que c’est écologique. Il suffira de pousser avec son pied pour que la planche avance, pour la petite somme de 1 euro par minute ! Quelle avancée technologique révolutionnaire ! Heureusement que Lime et sa vision futuriste sont là pour sauver les métropoles et la planète de la pollution. C’est remarquable qu’au XXIème siècle, des entreprises comme Lime et leurs 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2018 n’aient que l’avenir de la planète en tête et pas leur propre gain comme toutes ces autres méchantes entreprises capitalistes ! Comme tout fruit vert importé depuis le continent américain, il ne s’agit pas d’une alternative écologique comme on aime souvent le prétendre.

*note après l’utilisation d’une trottinette Lime pour la première fois* Je retire tout ce que j’ai dit, c’est quand même bien rigolo des courses en Lime dans le jardin du Luxembourg, mais j’ai peur d’avoir abimé mon nouveau manteau Hermès...