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  • Reportage
Prague, la ville de tous les touristes
Autocritique d’une étudiante en voyage

Nancy, semestre II. Comme d'autres étudiants de Sciences Po, je me prépare à partir en vacances avec des amis pendant la semaine libérée. Je compare les vols, ça sera Prague. 35€ aller-retour avec Ryanair, c’est imbattable. Sur place tellement de choses à découvrir, d’églises à visiter, de ruelles à explorer. Nous dormons dans un Airbnb, 40€ par personne pour 4 nuits. Nous sortons dans les nombreux bars de la ville et rentrons parfois en Uber. Et nous voilà acteurs des dérives de l’uberisation et de la hausse des prix de l’immobilier. Rien que ça.

 

La ruée vers l'Est

 

Pour la capitale tchèque, tout commence avec la chute du rideau de fer et l’ouverture progressive des pays de l’Est au tourisme. Depuis que le centre historique a été classé au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1992, le nombre de touristes n’a cessé d’augmenter. Les prix extrêmement bas des companies lowcost pour les vols à destinations des villes d'Europe de l'Est ne font que renforcer ce phénomène. Selon le site Radio Praha, 2016 a vu une augmentation du nombre de touristes de 7% par rapport à 2015.

 

Airbnb, ami des touristes et cauchemars des habitants

 

Lorsque nous arrivons dans l’appartement, loué via la plateforme Airbnb, nous sommes d’abord surpris, notre hôte, Daria, ne nous accueillera pas. Tout est fait pour rendre la location plus pratique. Il suffit de saisir un code à l'entrée, puis un autre pour récupérer sa clé dans l’un des nombreux boîtiers du hall. A l’intérieur de l’appartement, tout est blanc, propre, pratique et impersonnel. Notre Daria n’a visiblement jamais habité là. Plus étonnant encore, l’immeuble entier semble avoir été construit pour des locations Airbnb.

Pratique, certes, mais le développement du célèbre site de location d’appartements cause de nombreux problèmes dont les touristes - de passage pour quelques jours - ne sont pas toujours conscients. On assiste, à Prague, à un véritable dépeuplement du centre historique de la ville. La plupart des habitants restant ont des voisins qui ne restent que quelques nuits. Un problème social qui se joint à un problème économique, puisque les propriétaires qui louent leurs appartements sur Airbnb ne payent pas les taxes dont les hôtels sont forcés de s’acquitter. Pendant ce temps les prix de l’immobilier explosent, les boutiques de luxe remplacent les magasins du quotidien, et il devient de plus en plus difficile d’habiter dans le centre-ville.

D’autres villes, comme New-York, Paris ou Berlin, ont imposé des régulations qui limitent le nombre de jours où un appartement peut être loué par an. Pourtant la maire de Prague Adriana Krnáčová a indiqué qu’elle n’envisageait aucune mesure de ce genre. Rien non plus qui pourrait conduire à une meilleure gestion du tourisme dans la capitale tchèque.

 

 

La colère des chauffeurs de taxis

 

Retour à notre voyage : La ville est aussi agréable de jour que de nuit. Visible de partout, le magnifique château Hradčany domine la ville et les lumières du soir se reflètent dans l’eau du fleuve de la Vltava. Un soir, nous décidons de rentrer en Uber : problématique du statut et de la protection des conducteurs, concurrence déloyale avec les taxis (à cause de l'absence de licence), les problèmes causés par l’application de transport sont nombreux. Les chauffeurs de taxi se mobilisent et lancent régulièrement des “opérations escargots” dans les rues de Prague. Selon la municipalité, la ville "ne dispose pas de moyens légaux pour réglementer les plateformes digitales". A la suite de négociations, le premier ministre Babiš et la direction d’Uber sont parvenus à un accord. Les conducteurs Uber devront désormais obtenir une licence pour pouvoir exercer; et leurs revenus seront déclarés.

 

Budapest, Barcelone, Lisbonne, Amsterdam : qu’elles sont nombreuses ces villes que l'on peut visiter en quelques jours et à bas prix. La démocratisation du tourisme est bénéfique à de nombreux égards. Mais à quel prix pour une ville, ses habitants et ses travailleurs ?

 

Par Marine Cardot