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Quel est l’argent du futur?

 

Avant de crier au boycott du capitalisme ou de capituler face aux énigmes d’éco, on doit tout de même reconnaître que l’argent joue un rôle prépondérant dans notre société aujourd’hui. Le frigo ne se remplit pas tout seul, le loyer doit être payé et ceux qui se sont déjà abstenus de payer leur facture d’électricité seront d’accord pour dire que  c’est bien de disposer de lumière et de courant pour charger son ordi ou son portable. Tout cela coûte de l’argent, on en dépense tout le temps. Face à cette omniprésence se pose la question de son évolution future, que va-t-il devenir et en quoi va-t-il se transformer? Et quelles sont les alternatives?

 

La plupart des chercheurs tombent d’accord autour d’une prédiction: l’argent liquide vivra bientôt ses derniers jours. On paye de moins en moins en espèces. Certains experts parlent d’une évolution vers une zero cash economy. Il existe de plus en plus d’applications de paiement en ligne et de cartes bancaires qui cherchent à attirer des clients par leur méthode sans contact. D’accord, vous vous dites peut-être, que ce n’est pas la première fois que la forme de l’argent évolue. C’est vrai, effectivement, l’introduction du papier-monnaie a révolutionné le monde de  façon durable. Mais cette nouvelle tendance diffère tout de même des évolutions précédentes, les enjeux ayant changé.

D’abord, la question de l'anonymat se pose. En ne payant qu’avec sa carte bancaire, on laisse des empreintes numériques avec des données personnelles dont les entreprises peuvent profiter. Ainsi, celles-ci peuvent  personnaliser la pub qu’ils nous envoient, en se focalisant sur du contenu semblable à ce que nous avons cherché avant et en vendant nos datas  à d’autres acteurs commercials. Ce n’est pas moins que la vie privée qui est remise en question.

Hormis cela, on décrit cette évolution comme une dématérialisation qui transforme pas à pas notre rapport à l’argent. En allemand, on dit: Aus den Augen, aus dem Sinn. Cela ne s’applique pas seulement aux personnes, mais aussi à notre thématique: Si on ne voit pas l’argent physiquement devant soi, on risque de dépenser plus et de s’endetter davantage parce qu’on ne voit pas ses économies diminuer. Cela nécessite de faire régulièrement l’effort de se renseigner auprès de sa banque de la situation de son compte. Un effort qui n’était pas nécessaire pour  se rendre compte que le portefeuille qui était rempli au début du mois est devenu vide depuis.

Cependant on remarque de plus en plus que des alternatives à l’argent conventionnel mis en circulation par l’État se révèlent promettantes et  pourraient constituer le futur un peu plus lointain de l’argent.

Commençons d’abord avec la cryptomonnaie. Qui n’a pas encore entendu parler de la “montée fulgurante de la valeur du bitcoin”, de la “révolution numérique de la monnaie”... Le Bitcoin est effectivement probablement la cryptomonnaie, c’est-à-dire une monnaie virtuelle décentralisée s'échangeant pair à pair, la plus connue. Elle a été lancée en 2009 dans le contexte des conséquences fatales de la crise financière et échappe à tout contrôle étatique par la technologie de blockchain: Contrairement au système traditionnel, il n’y a pas d’intermédiaires entre les transferts comme par exemple une banque qui s’en chargerait normalement, permettant ainsi un échange de valeur pair à pair. C’est l’élément décentralisé qui est souvent souligné dans les définitions différentes. La valeur de la monnaie en soi a effectivement explosée en se multipliant déjà entre janvier et mi-décembre 2017 par 20, menant ainsi de nombreux experts financiers, par exemple Jean Tirole, prix Nobel d’économie en 2014, à parler d’une bulle spéculative sans valeur intrinsèque. Suivant le modèle du bitcoin, d’autres crypto-monnaies ont vu le jour, notamment l’Etherum qui est aujourd’hui la deuxième monnaie virtuelle en termes de capitalisation. Créée en 2014, elle dispose de fonctions que le bitcoin  -se focalisant uniquement sur l’échange pair-pair-n’offre pas, par exemple la possibilité de créer des smart contracts. Cela désigne des instructions qui sont mis en place quand certaines conditions sont remplies. L’exemple classique est celui du train prenant du retard: Si le passager a le droit de se faire rembourser de 25% du prix de son billet de train si celui-ci prend au moins 30 minutes de retard et 50% à partir d’une heure de retard, cela se fait automatiquement avec un smart contract.

Les uns voient dans la cryptomonnaie pas moins que l’avenir de l’argent, comme par exemple le premier ministre maltais Joseph Muscat: Son pays a vocation d’attirer des startup blockchain et des sites d’échange de crypto-monnaies en offrant notamment un cadre légal clair et des régulations souples. Les autres sont plutôt critiques, surtout à l’égard de la l’anonymat garanti par ces monnaies, qui permet  le blanchiment d’argent et l’utilisation dans le darknet.

 

Finalement, pour ceux souhaitant s’éloigner du numérique, il se peut aussi que l’avenir de l’argent se trouve dans les monnaies locales. Même ici à Nancy, on en a une, elle s’appelle le Florain! Le principe derrière l’idée est assez simple: Prioriser l’achat des produits locaux par la limitation géographique du terrain où s'utilise la monnaie en se basant sur l’identité régionale qui s’intensifie en passant. La différence principale entre cette démarche et les crypto-monnaies mentionnées plus tôt  est surtout l’approche éthique: Les monnaies locales s’appuient souvent sur des idéaux éthiques. Ils réclament par exemple une transformation socio-économique, surtout en matière d’écologie, dont l’interprétation dépend, fortement de la nature de la monnaie locale créée. Celle-ci a la possibilité de se baser ou non sur une monnaie officielle. Le Florain par exemple s’appuie sur l’euro, c’est-à-dire un euro vaut un Florain; les deux sont échangeables. Bitcoin & Co de l’autre côté mettent l’accent surtout sur la spéculation et n’ont en général pas de morale supérieure élaborée.

Ce qui rend difficile la vie du Florain, du Stück (Strasbourg), du radis (Ungersheim) ou du lien (pays stéphanois), c’est la mondialisation qui s’impose de plus en plus. Comme elle va probablement continuer de lier les États étroitement et surtout de renforcer le commerce transnational, ces monnaies locales représentent une action contre les effets négatifs de cette dernière, mais n’ont pas vocation de soumettre d’autres régions à leur moyen de paiement. Néanmoins, on peut les considérer comme une alternative qui se renforce surtout depuis les années 2010.

Peu importe la révolution que l’on vivra, elle entraînera forcément un changement profond dans notre manière de disposer de notre argent. L’État peut de moins en moins contrôler les monnaies alternatives, qu’il s’agit du Bitcoin ou du Florain, entre autres à cause des régulations de plus en plus souple. Désormais, il appartient aussi à vous, chers lecteurs, en tant que consommateurs, de faire votre choix. Quel argent est-ce que vous préférez dans l’avenir?


Par Harriet Klepper