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Stanislas Leszczynski, souverain pantelant mais visionnaire

“-Eh Nico, on se retrouve place Stan avant d’aller manger des Churos à la Pépinière ?
-Ouais avec plaisir !
Plus tard, avec quelques traces de nutella au bord des lèvres :
-Nico c’est qui Stanislas en fait ? J’ai un vélostan, je vais place stan, je prends des amendes dans les stanbus mais je sais pas qui est ce type en fait. Il a fait quelque chose pour Nancy ?

-Ah ! je vais pouvoir te raconter l’histoire de Stanislas Leszczynski alors ! Héritier du trône de Pologne qui finit intendant de Lorraine et à qui Nancy doit beaucoup. Mais il est également philosophe précurseur qui voit très tôt les idées des Lumières.”

Notre bon Stanislas naît donc le 20 Octobre 1677 en Pologne. Il est héritier du Palatinat de Pologne, et est donc instruit et initié rapidement à la politique. Il parle le polonais, l’allemand, l’italien, le français et le latin, et toutes les capitales européennes lui sont familières.
En 1704, la Pologne et la Russie forment une alliance et déclarent la guerre à la Suède, alors plus grande puissance d’Europe du nord. Toutefois, leur entente est un échec et Charles XII, roi de Suède prend un certain contrôle politique sur la Pologne. Il y fait élire Stanislas roi. Cinq ans plus tard, la Russie vainc finalement la Suède et Charles XII perd son trône, d’où la perte de légitimité de Stanislas sur le trône polonais. Il est forcé de s’exiler.
L’ancien monarque suédois lui indique la direction de la ville de Zweibrücken en Allemagne. Mais à sa mort Stanislas perd une nouvelle fois sa place et doit se réfugier à Wissembourg, en Alsace, en France alors sous le règne de Louis XV. Stanislas et sa famille y vivent simplement mais côtoient les gens de pouvoir en France.
La famille Leszczynski se lie étroitement à la France en 1725, lorsque Marie, la fille de Stanislas épouse Louis XV. Ce mariage vient conclure le stratagème du duc de bourbon, alors premier ministre qui voulait éviter le mariage entre Louis XV et une espagnole, qui aurait fait basculer le pouvoir aux mains de Louis d’Orléans. Cela permet à la famille polonaise de s’installer à Chambord et de nouer des liens forts avec le roi français et la tête du royaume.
Néanmoins l’accalmie est courte pour Stanislas. En 1733, le roi de Pologne Auguste II décède. Sa disparition entraîne une guerre de succession. Alors que Charles VI, empereur du Saint Empire Romain Germanique, soutient un saxe pour le trône, des partis français et polonais demandent un retour de Stanislas. En France, le cardinal Fleury (ministre majeur de Louis XV) supporte aussi un retour de Stanislas car le trouve très cher et bien inutile à Chambord. Il lui permet donc de partir secrètement à Varsovie et envoie un sosie en voyage maritime depuis Brest pour ne pas éveiller les soupçons.
Le 8 septembre 1733, Stanislas est élu roi de Pologne. Cependant Louis XV, allié de Stanislas donc, déclare la guerre à Charles VI en 1734. Cette même année, les russes, alliés du Saint Empire assiègent Varsovie. Le tout nouveau roi doit, aussitôt le trône pris, le quitter et s’enfuit en Prusse grâce à l’aide du chevalier de Béla (un espion de Louis XV). La guerre de succession n’est cependant pas terminée. Charles VI se voit finalement mis en mauvaise posture et demande la paix à Louis XV. Le cardinal voit dans cette victoire la possibilité de prendre possession des duchés de Lorraine et de Bar dont les ducs étaient favorables à l’Empereur.
Les dirigeants entament les négociations mais les deux ducs refusent d’abandonner leurs sujets. Fleury obtient finalement « le préliminaire de Vienne », le 3 Octobre 1735. Il s’agit d’un accord qui donne en viager les deux duchés à Stanislas. A sa mort, ils passeront aux mains françaises.
Le nouveau dirigeant s’installe donc dans le château de Meudon. Mais après son cuisant échec en Pologne, il doit se soumettre au roi français. Il signe la « déclaration de Meudon », secrète. Celle-ci ordonne à Stanislas de s’en remettre au roi de France qui prend immédiatement possession des duchés. Le polonais sera un intendant comme les autres, aura des pouvoirs de gestion de la justice, la police et les finances par exemple. Il touche en revanche une pension d’1,5 millions de livres, puis 2 millions.
A son arrivée, Stanislas est mal accueilli par les lorrains qui regrettent leur duc.

La première partie de la vie politique de Stanislas est donc très saccadée et peu réussie. Il perd deux fois le trône de Pologne et s’en sort grâce au mariage de sa fille. Toutefois en plus d’être un homme politique, il cultive une certaine philosophie qui se rattache aux Lumières qui émergent à cette époque.
C’est dans la gestion de la Lorraine qu’il pourra la mettre en œuvre.
Stanislas définit des droits pour ses sujets et des devoirs pour ses citoyens. Les sujets et citoyens désignent les mêmes personnes, il est intéressant de noter la différence de terme.
Les sujets ont deux droits principaux : tout d’abord l’expression politique. Le souverain doit écouter et être au courant des demandes et besoins. Cependant en monarchie comme en France, ce droit est limité puisque c’est le souverain qui décide seul finalement de la réponse apportée. Vient ensuite le droit aux bienfaits du souverain éclairé. Le monarque doit chercher à faire le bonheur de ses sujets. Cette citation de Stanislas l’explique bien : « Ma politique, mon cher fils, n’est pas bien compliquée : aimez les peuples et vous tenez mon secret ». Les sujets jugent alors leur souverain en lui accordant leur estime ou non. Les bienfaits du souverain s’incarnent dans le maintien de la paix, la prospérité matérielle, la préoccupation particulière envers les pauvres, le droit des sujets à la justice, à l’instruction,ou encore l’équité devant la loi qui donne la liberté.
Les devoirs du citoyen sont englobés dans une obligation : le devoir envers la patrie. Dans la monarchie cela signifie l’obéissance au monarque et l’attachement. Sinon c’est la ruine de l’Etat. S’il en est digne, ils doivent lui rendre son amour envers eux.
Ceci amène à la dernière partie de la philosophie politique de Stanislas : le véritable citoyen. Ce comportement doit être adopté par le monarque. Il lui donne l’objectif de faire jouir ses sujets des bienfaits et ainsi d’être accepter et reconnu, obéi. C’est ainsi que l'État fonctionne au mieux.

Lorsqu’il est à la tête de la Lorraine, Stanislas suit cette doctrine du véritable citoyen.
Il crée tout d’abord des systèmes administratifs calqués sur le modèle français pour faire des lorrains des français. Il fonde donc un Conseil d’Etat, un Conseil des Finances, un Conseil de commerce.
Il se fait mécène et protège les artistes. Il fonde également la bibliothèque publique royale de Nancy, la société royale des sciences et des belles lettres (plus tard l’Académie de Nancy). Il promeut ainsi la langue française, diffuse la culture, la connaissance, la tolérance religieuse à tous. Il s’inscrit dans la dynamique des Lumières d’instruction. Il crée des écoles, des hôpitaux, une association de secours aux plus démunis.
Il publie en avance sur son temps des essais philosophiques et défend la séparation des pouvoirs, la tolérance religieuse. Il gère à merveille le duché et particulièrement sa capitale Nancy, à qui il laisse un bel héritage. Il fait bâtir l’ensemble de la place qui porte désormais son nom par l’architecte Emmanuel Héré, puis d’autres monuments comme l'église Notre-Dame de Bonsecours, l’hôtel des Missions Royales, les places d’Alliance et de la Carrière et encore les portes Saint-Stanislas et Sainte-Catherine. Il est très attaché à cette ville.
Mais il ne néglige pas le reste de la région pour autant. Il fait par exemple don de 100 000 francs personnels pour faire reconstruire de la ville de saint Dié, incendiée en 1757.
Le 26 février 1766, Stanislas meurt à Lunéville. Il avait été brûlé vingt jours plus tôt et succombe à la gangrène créée par la blessure. Son corps est embaumé et son cœur et ses entrailles sont transportés à Saint Jacques de Lunéville puis son corps inhumé à l'église Notre-Dame de Bonsecours de Nancy, selon son souhait.

“-Tu vois : Stanislas a à lui seul bâti presque toute la ville de Nancy. Et il a surtout exercé son règne en avance sur son temps selon des principes des Lumières qui attendent bien après la Révolution de 1789 pour être appliqués dans toute la France.
-Mmmh, il reste des churros ? “

Par Thibault Michelin