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A tous les morts que l'on a décidé d'ignorer

Cet article protestant contre le maintien des cours le lundi 11 novembre ne sera ni réactionnaire, ni pourri par un ultra patriotisme haineux. Il ne sera pas non plus donneur de leçon, larmoyant ou utopiste. Comme moi, de nombreuses personnes ont été dérangées par la décision de continuer notre confortable routine de campus en ignorant ce jour symbolique.

Bien sûr, cette guerre fut source de souffrance pour une grande partie des peuples européens, entre autres pour l’Allemagne et la France. Il est indéniable que les clauses du traité de Versailles ont délivré un traité de guerre plutôt qu’un traité de paix. L’humiliation ressentie par l’Allemagne, ainsi que les conséquences économiques ou sociales sont terriblement regrettables et honteuses pour le camp des Alliés.
C’est pour cette raison que le devoir de mémoire est important.

Que penseraient nos morts, qu’ils soient français ou allemands, en nous voyant assister normalement aux cours de ce lundi ? Et je ne parle ici d’aucune nationalité, car tout le monde a souffert dans cette guerre. Qu’ils soient allemands, français, russes, ottomans ou bulgares, les morts doivent et devront toujours être respectés et honorés, afin de ne jamais être oubliés. Il y a un peu plus de 100 ans, des jeunes de notre âge partait pour cette guerre pour parfois ne jamais revenir. Ils y auront laissé au mieux un bras, une jambe ou leur visage, et au pire leur vie. Que l’on soit français ou allemand, tout le monde a un membre de sa famille ayant souffert de cette guerre. N’est-ce pas la moindre des choses que de prendre UNE journée dans notre année pour commémorer le sacrifice d’une existence, voire d’une génération entière ?
C’est pour cette raison que le devoir de mémoire est important.

Les arguments honteux selon lesquels la Grande Guerre s’est déroulée il y a longtemps ne sont pas valables.
Officiellement, le 11 Novembre est le jour de « commémoration de la victoire et de la paix ». Depuis 2012, l’hommage est même étendu à « tous les morts des conflits anciens et ou actuels ». Le débat sur un militarisme exacerbé est complètement dépassé : un hommage est rendu à tous les morts pour la France des conflits anciens ou actuels, qu’ils soient civils ou militaires. Cet anniversaire est et DOIT RESTER un jour qui se rappelle des victimes de cette guerre.
C’est pour cette raison que le devoir de mémoire est important.

Sans parler de cérémonie en grande pompe, il aurait donc été préférable d’AGIR : organiser un débat, envoyer un mail explicatif ou même mettre en place une minute de silence à défaut d’une journée de souvenir. Pour un campus franco-allemand situé dans une région qui porte encore les cicatrices de cette guerre, il aurait été préférable de rebondir sur ce sujet pour insister sur la volonté d’une paix durable en Europe et d’une réconciliation entre l’Allemagne et la France. Au lieu de ça, la déclaration Schuman nous sera seulement envoyée par mail, en faveur d’une paix européenne il est vrai, mais sans rapport avec le cœur de notre sujet. Quelle image renvoyons-nous ? Au lieu d’en parler, attendons que ce jour passe en regardant ailleurs.
Passer sous silence un évènement aussi important des Histoires françaises et européennes est contre-productif. Il suffit de rendre un évènement tabou pour qu’il rentre dans l’oubli. Comment savoir où l’on va quand plus personne ne sait d’où l’on vient ? Comment éviter nos erreurs passées si on ne les commémore même plus ?
C’est pour cette raison que le devoir de mémoire est important.

Il est compréhensible que les allemands du campus soient heurtés d’apprendre que le 11 Novembre est, en France et dans TOUTE la France, un jour férié. Férié pour tous les établissements français, y compris et surtout au sein des écoles. Férié pour tous les campus délocalisés de SciencesPo Paris. Sauf pour Nancy.

Cette inaction, pourtant, n’est remise en question ni par l’administration, ni par les étudiants de ce campus. SciencesPo serait-elle devenue une école où les moutons sont devenus rois ? Une école où l’esprit critique aurait laissé sa place à la dictature du consensus et du compromis ?

Notre apathie sonne le début d’une révolution anesthésiante.
Il faut dorénavant penser tiède et le montrer, parler en chuchotant pour ne surtout pas choquer.
En bref, rentrer dans la masse des indifférents.

Julien RIBON