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Tout ce qu’il faut savoir sur la réforme du Collège Universitaire
Alors que Bénédicte Durand doit présenter cet après-midi l’Acte II de la réforme du Collège Universitaire, Der Parvenu fait le point sur les différents aspects de ce projet controversé. Quelles en seront les conséquences sur le campus de Nancy ? Une enquête de Sébastien Grob, Philippe Pernot et Stéphane Venet.
  • Le jardin, près du campus de Sciences Po à Nancy. / © Sciences Po

Sciences Po s’apprête à faire sa mue. En discussion depuis déjà plusieurs mois, la réforme du Collège Universitaire s’appliquera dès la prochaine génération d’étudiants. Le projet porté par la Doyenne du Collège Universitaire, Bénédicte Durand, est marqué par une volonté d’axer fortement la formation autour de deux langues principales : l’anglais et le français.

Ainsi, tous les modules fondamentaux seront dispensés dans une de ces deux langues en première année. Dans l’optique de cette focalisation sur la langue de Shakespeare, les étudiants devront suivre obligatoirement quatre heures de cours d’anglais. À ce tronc linguistique pourront s’ajouter au maximum quatre heures de cours de langue supplémentaires. Cette restriction (les colles comptant comme deux heures à Nancy, les étudiants cumulent maintenant souvent dix à douze heures) correspond au mot d’ordre d’un enseignement des langues « rationalisé » avancé par Bénédicte Durand, celle-ci souhaitant éviter un « tourisme linguistique ». Peut-être la formule et la mesure sont-elles adaptées au contexte parisien. Toujours est-il que, du point de vue des campus « en région », difficile de ne pas y voir une contradiction avec la volonté « d’ouverture internationale » clamée par la direction.

À cette uniformisation linguistique s’ajoute un encadrement plus strict des contenus. Alors que les campus délocalisés disposaient jusqu’à maintenant d’une marge de manœuvre assez large pour fixer le profil de ces grands enseignements, ceux-ci s’aligneront désormais sur les cinq grandes disciplines enseignées à Sciences Po. Ainsi, on retrouvera sur le campus de Nancy les disciplines suivantes : du droit constitutionnel, de la sociologie, de l’économie (toutes les trois en français), de l’histoire et des sciences politiques (ces dernières en anglais). À ces modules fondamentaux viendront s’ajouter des cours d’ « humanités scientifiques » de quatre heures par semaine, cours magistral et conférence de méthode compris. Ces enseignements seront dispensés en allemand, ainsi qu’en anglais ou en français (la langue du deuxième cours n’étant pas fixée). Des mathématiques sur les deux semestres, ainsi qu’une « conférence d’actualité » de deux heures par semaine viennent compléter la première année.

« Homogénéisation » ou uniformisation ?

Cette orientation vers une maquette pédagogique plus rigide aura pour conséquence la dissolution – au moins en partie – de ce qui faisait la spécificité des campus en région en termes de contenu. Le cours « Constitution d’un espace politique européen » sera ainsi supprimé. Il constituait pourtant un marqueur de l’identité académique du campus de Nancy, fortement tourné vers l’Europe. Tous les modules fondamentaux devant être dispensés en première année, l’enseignement en économie sera en outre condensé afin de tenir sur un seul semestre.

Cette homogénéisation s’intègre dans la logique d’un « Collège en réseau » défendue par le directeur de Sciences Po, Frédéric Mion. L’administration parisienne a mis en avant un souci de cohérence, condition sine qua none de la reconnaissance du « Bachelor of Arts » de Sciences Po à l’international. Cohérence qui doit s’exprimer autant entre les différents campus qu’au sein du parcours de chaque étudiant. En vertu de cet objectif, le projet de réforme inclut une spécialisation dès la deuxième année, au sein de « majeures ». A chaque parcours ses matières fétiches : économie et sociologie pour le parcours « Economie et sociétés », droit et sciences politiques pour « Politique et gouvernement », philosophie politique et histoire pour « Humanités politiques ». A ces modules fondamentaux s’ajoute un cours d’Histoire du XIXème et du XXème siècle commun aux trois majeures, celui-ci se limitant au premier semestre. Un « enseignement exploratoire », préfigurant la spécialisation, sera dispensé dès le deuxième semestre de la première année.

Cohérence toujours pour ce qui est de la troisième année à l’étranger. Alors que l’attribution de chaque étudiant à une zone géographique était jusqu’à présent le principal critère de l’orientation en 3A, celle-ci a vocation à se faire avant tout à la lumière de la spécialisation choisie. Autre nouveauté : alors qu’il était jusqu’à présent possible de passer toute la troisième année en stage, celle-ci devra comprendre au moins un semestre de « séjour d’études », c’est-à-dire de cours dans une université partenaire de Sciences Po. La raison avancée étant de cumuler au moins cinq semestres d’enseignement sur les trois ans, afin d’assurer la reconnaissance du diplôme à l’international.

Alors que la maquette de la première année est maintenant fixée et celle de 2A pas loin de l’être, l’espace pour des concessions semble être assez réduit. Sauf peut-être pour la troisième année, qui pourrait encore connaître de substantielles évolutions, la suppression des zones géographiques étant envisagée.

Par Sébastien Grob