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Tribune : Charlie Hebdo, Mila… et le droit au blasphème

« Je déteste la religion. L’islam est une religion de haine, il n’y a que de la haine là-dedans. L’islam, c’est de la merde. C’est ce que j’en pense moi !(…) Je ne suis pas raciste, on ne peut pas être raciste envers une religion(…). Votre religion, c’est de la merde. Votre Dieu, je lui mets un doigt dans le trou du cul. ».

Voici les propos tenus par Mila, 16 ans, le 18 janvier 2020, après avoir été verbalement agressée par un dragueur éconduit à coup de “sale française”, “sale pute” et “sale gouine” en jurant sur le Coran lors d’un live Instagram. C’est dans ces circonstances que Mila a tenu des propos virulents à l’égard de l’islam. Taxée de “racisme” et d’islamophobie, menacée de viol et de mort sur tous les réseaux, Mila s’est plus tard exprimée dans le journal télévisé le Quotidien, en expliquant qu’elle voulait “blasphémer”.

Mila a-t-elle simplement fait usage de sa liberté d’expression ou a-t-elle outrepassé ses limites en versant dans la haine raciale ? Peut-on réellement critiquer les religions librement en France ?

Un discours islamophobe ?

La liberté d’expression est en France l’une des libertés fondamentales, établie dans les articles 10 et 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Mais depuis la loi sur la liberté de la presse de 1881, il en existe des limites. Il est par exemple interdit d’inciter à la haine sur le motif de la race ou de la religion. Or, ce qu’a dit Mila ne concernait pas les Français de confession musulmane, mais l’islam et le Coran. Ses propos ne relèvent donc pas de la haine raciale, telle que définie dans le droit français. Les propos de la jeune fille, malgré leur vulgarité, restent donc effectivement dans le cadre juridique de la loi française.

En ce qui concerne “l’islamophobie” des propos, c’est une autre question… En effet, le terme prend différentes définitions selon les organismes. Selon la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH), le Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF), le Conseil de l’Europe, ou encore le Petit Robert, le terme d’islamophobie revêt plusieurs visages, une fois désignant les actes antimusulmans, une autre l’hostilité envers l’islam. On préfèrera ainsi à cette appellation galvaudée le mot “racisme antimusulman”, qui est malheureusement une réalité pour nombre de nos concitoyens de confession musulmane. Il faut rappeler que le discours critique envers une religion est différent que de montrer une hostilité à l’égard de la communauté religieuse qui y est attachée. Autorisons qu'en France on puisse critiquer l’islam, le Coran et Allah, qui pour les non-musulmans est disons-le clairement, chimérique. La loi Avia interdit les contenus haineux sur Internet, il faut le rappeler : les hommes ont des droits, les religions n’en ont pas !

#JenesuisplusCharlie

Ce qui semble évident n’est pourtant pas accepté par une bonne partie de la population : selon un sondage Ifop pour Charlie Hebdo, un Français sur deux estime que l’on n’a pas le droit de critiquer une religion. Le #JeSuisCharlie de 2015 ne fait donc plus l’unanimité. Rappelons-le, le 7 Janvier 2015 les frères Kouachi pénètrent dans les locaux du Journal Charlie Hebdo et tuent 10 journalistes, en raison de leurs diatribes envers l’Islam. Mais aujourd’hui, même le gouvernement ne semble plus prendre ses responsabilités : Nicole Belloubet, garde des Sceaux, s’empresse de s’exprimer sur le sujet en faisant étalage de sa grande connaissance de la justice et de la pensée des Lumières : “L’insulte à la religion est évidemment une atteinte à la liberté de conscience”. La véritable atteinte à la liberté de conscience, Madame la Ministre, ce sont vos propos, c’est le politiquement correct d’une partie de la sphère politico-médiatique, qui depuis quelques années tente de clore tout débat sur la place de l’islam dans la société française à coup de “islamophobe!” ou “fasciste!” pour maintenir une “paix religieuse” factice. Où est donc passé l’esprit si Charlie de la France de 2015 ?

Mais cette affaire montre surtout qu’il demeure, dans la société française mais aussi chez les professionnels du droit, une confusion entre liberté d’expression et haine raciale lorsqu'il s’agit de blasphème. Bien qu’il n’y ait pas de droit au blasphème explicitement statué dans le droit français, le droit d’expression constitutionnel de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen est large, et englobe donc les critiques envers les religions tel que cela a été établi avec les procès de 2007 contre Charlie Hebdo. Malgré cela, à la suite de l’affaire Mila, une enquête - finalement classée sans suite - a tout de même été ouverte par le parquet de Vienne pour « haine raciale » à l’encontre de la jeune lycéenne. La Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) présente néanmoins une position opposée à la justice française en validant la condamnation pour blasphème en 2018 d’une personnalité autrichienne qui avait qualifié le prophète Mahomet de “pédophile”. En faisant primer le droit imaginaire d’autres personnes à “protéger leurs convictions religieuses” sur “le droit de la plaignante à la liberté d’expression”, la CEDH instaure le délit de blasphème.

Obscurantisme et République

Le président du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) a, quant à lui rétorqué que Mila devrait “assumer les conséquences de ce qu’elle a dit”, et puis “qui sème le vent, récolte la tempête”. Cette prise de position de la part du prétendu représentant des Français de confession musulmane doit nous alerter sur le chemin de censure qu’emprunte progressivement une partie de la communauté musulmane. En effet, d’après une étude de l’Institut Montaigne 28% des personnes de confession musulmane sondées font passer la loi islamique (la Charia) avant les lois de la République. Cette observation montre un durcissement de la pratique religieuse chez certains musulmans. Celui-ci est étroitement lié à une crispation autour de la critique de la religion résultant d’un inconfort social et d’une politique d’intégration désastreuse. La République, indigne de ses valeurs, échappe à ses responsabilités. Tout comme les médias et les politiques, qui par pur calcul, se défilent face à la question épineuse, mais nécessaire de l’islam de France. Charb, dessinateur satirique et journaliste français, déclara :“En France, la liberté d'expression n'est pas assez utilisée par ceux qui ont les moyens de s'en servir.” Ceux qui se sont bien gardés de défendre Mila face à ses agresseurs obscurantistes, n’ont voulu que protéger leur réputation de personnalités “intègres”. On se souviendra des évènements de Cologne, où des dizaines de femmes se sont faites agresser et violer dans la rue par des étrangers, et que les associations féministes et LGBT avaient mis du temps à condamner, car les agresseurs venaient de pays arabo-musulmans. Au nom du respect des religions, on censure la parole. La chape de plomb que fait subir une partie de la sphère politique et associative sur la société française concernant l'islam est dangereuse. Ont-ils oublié pour quoi est mort Socrate ? Ont-ils oublié le combat des intellectuels des Lumières ? Ont-ils oublié pour quelles libertés se sont battus les Français en 1789 ? Ont-ils oublié le combat des médias contre la censure ? Leur attitude est délétère et liberticide ! La France n’est ni l’Iran, ni l’Arabie Saoudite, et pourtant, c’est un pays où lorsqu’on critique une religion et l’islam en particulier, on craint pour sa vie. Dans les jours et les semaines qui ont suivis, la jeune fille a reçu des milliers de menaces de mort et de viol, elle a dû être de ce fait déscolarisée et placée avec sa famille sous surveillance policière. Comment, dans le pays des Lumières et de la laïcité, peut-on tolérer que les droits fondamentaux d’une citoyenne soient ainsi remis en cause ? C’est le signe que l’obscurantisme mine la société française, et que l’exigence que nous avons par rapport à nos libertés s’estompe, malgré ce que les attentats de 2015 nous ont appris, malgré ce que les événements dans les dictatures religieuses nous montrent. Leurs infâmes menaces ne sont que le reflet de leur sympathie à l’égard de la charia, qui nie toute liberté, toute humanité. Ces menaces sont un crime à l’esprit libre ! Oui, un crime aux valeurs de la République ! Mila et les Lumières Si la vidéo de Mila a provoqué maintes réactions et débats, le commentaire de Zineb El Rhazoui est des plus singuliers et ambitieux : Mila a “tout compris à ce qu’est l’esprit de l’universalisme et des Lumières”. Voltaire disait “Le peuple reçoit la religion, les lois, comme la monnaie, sans l’examiner”. Face à l’intolérance des religieux, les philosophes des Lumières ont mené un combat passionné : la prison, l’exil, l’excommunication, ou la mort guettaient ceux qui en disaient trop. Mila s’est inscrite, malgré une intervention qui manquait d’arguments, dans la lignée des grands penseurs en blasphémant précisément parce que cela n’était accepté ni dans l’espace médiatique, ni dans la société française. Il est temps d’agir ! Nous combattrons toujours les pressions pratiquées pour empêcher l'expression libre de critiques à l'égard de l'islam, comme à l'égard de toutes les religions. Nous condamnons la vision liberticide de la Cour Européenne des Droits de l’Homme sur le blasphème pour rappeler que toute religion est critiquable. Et parce que le droit français et européen échouent à donner un cadre clair au droit du blasphème, entre liberté d’expression et haine raciale, nous réclamons un droit au blasphème clairement inscrit dans la loi française et reconnu par la CEDH.

Par Kenza Terkemani et Kim Eléonore Hirsch-Hoffmann