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Tribune SciencesPo Droite

Croyez-le ou non, la bienveillance est au cœur du projet de Sciences Po Droite. Aussi voulons-nous commencer notre déclaration en reconnaissant à la tribune de Sciences Po Gauche une grande utilité, celle d’avoir soulevé un débat, qui, en définitive, interroge la conscience de chacun sur ce que devrait être notre vie commune.
En termes d’intérêt, force est de constater que ce fut le seul.
Nous nous attacherons donc ici à proposer une analyse dépassionnée et réaliste des problématiques évoquées, bien loin des conjectures de nos amis, outrancières en leur forme et erronées en leur fond.
Nous nous permettrons, en propos préliminaires, une confession. En conservateurs, nous sommes quelque peu fleur bleue, aussi avions-nous la larme à l'œil en écoutant le récit que nous proposait la gauche sur nos banlieues délaissées. Dans ce conte, les banlieues étaient dépeintes comme le parent pauvre de la République, que les discriminations étatiques et le racisme structurel du Français moyen auraient ostracisées.
Si nous partageons le constat fait d'inefficacité et d'inadéquation des politiques publiques en la matière ces quarante dernières années, nous nous refusons, nous, à l'explication facile et idéologique donnée par candeur ou par naïveté.
Comment peut-on en effet, en toute honnêteté et sans mauvaise foi aucune, affirmer que l'Etat a abandonné ces territoires alors même que la « politique de la ville » associée aux multiples « plan banlieues » ont coûté au contribuable français plus de 100 milliards d'euros depuis les années Mitterrand ?
Triste est la vérité, néanmoins elle demeure : les politiques d'achat de la paix civile à grands coups de crédits ont été inefficaces, dangereuses et suicidaires ; émeutes, taux d’illettrisme, insécurité, radicalisation, partition et oppression d'une part grandissante de nos compatriotes sont là pour nous le rappeler.
Aussi, voulons-nous affirmer avec force que la réponse de la France ne peut plus, et ne doit plus consister en une fuite en avant perpétuelle avec comme corollaire l’escalade des aides sociales. Oui, nous le proclamons, seule une politique ferme de restauration de l'autorité de l'Etat et de désenclavement effectif couplée à une gestion plus réaliste des flux migratoires seront à même de régler cette situation.
Mais quelle ne fut pas notre surprise en apprenant par SPG que seules 35% des femmes musulmanes portaient le voile.
Nous avons préféré y voir de la candeur, nous refusant de croire en la malhonnêteté intellectuelle de nos camarades. En effet, ce chiffre est issu d'une estimation de l'Institut Montaigne dont la méthodologie s'avère être totalement biaisée et résolument fausse, comme l'a remarquablement démontré le journal « Libération », journal ô combien en accord avec les idées que nous portons, comme chacun sait.
Nous aurions pardonné bien généreusement une si grave erreur. Après tout, le manque de sérieux et la facilité peuvent tous, un jour, nous tenter. Cependant, dès lors que SPG eut introduit une insulte à nos compatriotes musulmans, nous ne pouvions l’accepter plus longtemps.
Comment peut-on en effet avoir le culot de dire que le formulaire de recensement des signes de radicalisation islamique de la faculté de Cergy fut un document registrant les « pratiques banales de la religion musulmane » ?
Aussi, un changement de comportement avec les femmes, le port du niqab, ou encore la réalisation de prière dans les locaux de l'université (qui rappelons-le étaient au cœur de ce document) seraient des « pratique banales de la religion musulmane » ? Avec une telle perception, faut-il encore s’étonner de la montée de l’islam radical ? Seule une vision lucide de l'islamisme doit être l'axiome de notre combat républicain, nous en sommes convaincus.
Mais plus encore, nous avouons avoir été choqués par l'étroitesse d'esprit des chantres de la tolérance sur le campus. S'enfermant dans une logique binaire, ils osèrent clamer que la question de l'islam radical n’était qu’un stratagème pour masquer d'autres questions jugées plus importantes comme l'environnement ou le chômage.
Notre vision est radicalement inverse, nous croyons devoir mener tous ces combats de front car il en va de notre destin collectif, dans un horizon si proche qu’aucune de ces problématiques ne peut être remise à demain.
Oui, la place de l'islam et de ses manifestations au sein de la société française constitue une préoccupation majeure pour une grande partie des citoyens. On ne peut, et on ne doit l’ignorer, parce que c’est précisément cela qui serait le terreau de l’extrémisme politique que nous rejetons tous.
La doxa gauchiste martelant que nous serions avant tout en présence d'un problème de racisme n’apporte rien à l’affaire, et est à la fois grotesque et dangereuse. Aussi souscrivons-nous pleinement aux propos de Jean-Michel Blanquer décrivant le voile comme « non souhaitable » au sein de notre société, mais nous demeurons bien loin de penser que l'interdiction du port du voile est la solution. Il s’agirait là d’un traitement superficiel des manifestations d’un problème plus profond.
Ne soyons pas dupes, c'est bel et bien la question du rapport de la France à l'immigration et à des cultures profondément étrangères qui est posée là. SPG le reconnaît d'ailleurs en nous traitant à demi-mot de suprématistes aux rêves peuplés de ce qu'ils nomment « une France pure, blanche et de souche ».
Un rappel historique semble ici nécessaire. Des grandes invasions s’achevant au VIème siècle à la Révolution industrielle sous le Second Empire napoléonien, la France n'a quasiment pas connu d'immigration, excepté lors d’invasions temporaires par les Sarrasins, les Anglais et les Vikings qui ne se sont pas accompagnées de mouvements de population significatifs. Ainsi, la population sur le territoire actuel de la France est restée inchangée pendant près de treize siècles.
Nous nous accorderons bien volontiers à affirmer que la France est le plus vieux pays d'immigration en Europe, et qu’il ait accueilli le plus de travailleurs étrangers européens pendant la seconde moitié du XIXème siècle. Néanmoins, il est absolument fallacieux de prétendre que la France a toujours été un pays d'immigration. Ce serait méconnaître l'abandon, pour ne pas dire la destruction méthodique, de l'appareil d’assimilation républicaine de la France, grande œuvre de la gauche mitterrandienne, à laquelle communient aujourd’hui tous les fossoyeurs de l’Histoire du PS au PCF.
Nous condamnons donc cette tentative de réécriture de l'histoire par SPG, qui témoigne d’une volonté délibérée de livrer un récit empreint d’idéologie bien plus que de réalité historique.
Cette même falsification historique conduit nos amis à l'affirmation suivante : la droite fut historiquement hostile aux questions de féminisme en France.
Nous rappellerons ici donc que ce furent les radicaux et les républicains de gauche qui le plus longtemps, s’opposèrent au droit de vote des femmes et qui furent donc grandement responsables de l'obtention si tardive de ce droit fondamental.
Alors que la droite les croyait capables de voter selon leur propre discernement, la gauche ne les considérait que comme les instruments du clergé, des marionnettes incapables de penser par elles-mêmes.
Bien entendu, la gauche fut par la suite à l'origine d'avancées majeures pour la cause des femmes, soyons honnêtes. Mais ne serait-il pas sain de concevoir que la cause des femmes puisse dépasser les clivages partisans ? Et qu'elle n'appartienne à aucune tendance ni à aucun parti ?
Il est fâcheux de retrouver ici cette tendance fondatrice, presque clinique, de la gauche de considérer qu'il y ait un camp du bien et un camp du mal et à se présenter comme le parti « du monopole du cœur ».
Nous avons ici essayé d'apporter quelques éclaircissements et quelques pierres à un débat qui ne peut être mené que dans le respect des opinions, et que seules de longues discussions pourront clore. Une tribune, de par nature polémique, n'est d’ailleurs pas digne de le résoudre.
Néanmoins notre dernière remarque portera sur les mots car ils fondent nos raisonnements intellectuels.
Nous rejetons avec la plus grande force la construction sémantique « d'islamophobie », dans la mesure où la critique d'un dogme religieux, qui n'est ni plus ni moins que le fruit de l'exercice de la raison et de la liberté d'expression, ne devrait jamais être assimilée à une maladie mentale. Bossuet, Châteaubriant, Montesquieu, Tocqueville et tant d'autres penseurs brillants de notre histoire ont été connus notamment pour avoir dénigré la religion mahométane, faut-il pour autant les croire victimes de troubles psychotiques ? Cela reviendrait à sacrifier l'esprit voltairien de libre critique des religions sur l'autel du stalinisme de psychiatrisation des opinions adverses.
Nous condamnons et nous combattrons toujours les pressions pratiquées pour empêcher l'expression libre de critiques à l'égard de l'islam, comme à l'égard de toutes les religions.
Nos derniers mots seront ceux-ci : face à l'angélisme, aux inexactitudes factuelles, à la lâcheté, et à l’abandon, Sciences Po Droite aspire et aspirera toujours à défendre une vision réaliste afin de préserver l'esprit de la société française de ses bourreaux.

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