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Tribune SciencesPo Gauches: Non à l'hystérisation du débat sur le voile et non au projet de loi LR

 

Ce n’est pas une nouveauté : le problème n’est pas traité de la bonne manière. Plutôt que de s’attaquer aux difficiles réalités sociales des banlieues, plutôt que de proposer un vrai pacte républicain aux populations délaissées par l’Etat, les gouvernements successifs depuis l’ère Sarkozy n’ont eu de cesse de stigmatiser les banlieues, s’engouffrant avec fierté dans l’option de facilité qui fait honte aux valeurs de notre République. Ce qui gangrène notre pays, ce n’est pas l’Islam, c’est l’exclusion de la société d’une couche de la population (vous savez, les « sans-dents », « ceux qui ne sont rien »).

Il ne sert à rien de verbaliser les femmes voilées, de leur interdire d’accompagner leur enfant en sortie scolaire. L’invisibilisation est contre-productive. En leur empêchant de se montrer, et donc en les excluant de la République sous couvert de l’égalité femmes-hommes, les femmes musulmanes sont reléguées en citoyennes de second rang, à qui on refuse l’accès à la cité. De la signification du voile (qui n’est porté que par 35% des femmes musulmanes), signe de soumission ou non, de la place de la femme dans la religion musulmane, il est possible de discuter. Mais invisibilisation et humiliation participent à un cercle vicieux qui encourage les musulmans au repli identitaire. Voulons-nous deux Frances qui ne se parlent pas ?

Non : la République a besoin de la parole de ces femmes voilées. Or, elle s’obstine à ne leur accorder qu’une place dérisoire au sein des plateaux télés , qui préfèrent de prétendus experts, des hommes blancs âgés de préférence, apprentis-historiens qui cherchent à façonner à leur goût l’Histoire française, composée de couches successives d’accueil de populations immigrées, pour donner en pâture au public une image fantasmée d’une France pure, blanche et de souche. Honte aux chaînes d’infos assoiffées d’audiences qui offrent une prétendue légitimité à ceux qui insultent la République. Elles finissent par ne produire que du buzz, jamais de l’information.

L’exécutif n’hésite pas à attiser ce climat de haine. Quelques jours après l’attentat de la préfecture de Paris, Edouard Philippe met en garde contre les « signaux faibles » de radicalisation devant l’Assemblée Nationale et le président appelle de ses vœux « une société de vigilance ». Cette recherche des signaux faibles encourage dangereusement les amalgames, comme à la fac de Cergy, où un formulaire, transmis au personnel par la sécurité de l’établissement, recense des pratiques banales de la religion musulmane et les transforme en signe de radicalisation . Jean-Michel Blanquer, pour qui le voile « n’est pas souhaitable dans la société » n’hésite pas à inventer des chiffres de déscolarisations des petites filles qui seraient dues à un « fondamentalisme islamiste dans certains territoires » et à condamner une affiche de la FCPE qui défend le droit des mères voilées de faire des sorties scolaires, comme inscrit dans la loi.

Pour mieux ignorer les problèmes du chômage, de la précarité, les défis environnementaux, la droite adopte une stratégie vénéneuse qui déchire peu à peu la société et fait de l’Islam son champ de bataille, un bouc émissaire pour la population tout entière, s’adonnant sans complexes aux amalgames islamisme-Islam. Historiquement hostile aux questions féministes (Simone Veil est l’exception qui confirme la règle), se serait-elle soudainement réveillée ? Non, elle s’adonne à un féminisme de circonstances. Bien que cette proposition de loi ne peut (fort heureusement) pas être adoptée car la majorité y est opposée, elle a permis un laisser-aller alarmant, comme le racisme décomplexé du sénateur Jean-Louis Masson pour qui la femme voilée attaquée par l’élu RN Julien Odoul « n’avait qu’à pas mettre son voile » . Gérald Darmanin l’affirme : « le voile des accompagnatrices ne mérite pas une guerre civile ».

Refusons la mise en place d’une islamophobie d’état. Refusons que ce climat de haine, de dénonciation, d’exclusion, que notre pays a déjà connu dans ses heures les plus sombres, ne s’installe durablement. Retrouvons, avec ferveur et détermination, l’esprit de 1905, celui d’une loi d’apaisement et favorisant la liberté de conscience. La laïcité est la paix sociale. Refusons l’hystérisation du débat public, et soyons dignes de nos valeurs. Ce vendredi 1er novembre, la réforme de l’assurance chômage est entrée en vigueur. Coïncidence ?

Alexis Louet pour Sciences PoGauches