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Vincent Michelot : "What's the matter with America?"
Vincent Michelot, universitaire spécialiste de la politique américaine, a dressé dans une conférence jeudi dernier l’état des lieux de la campagne présidentielle. Invité par Parlons Gauches, l’ancien directeur de l’IEP de Lyon a insisté sur l’importance croissante des statistiques, semblant reléguer idées et programmes au second plan. Retour sur les principaux enseignements.

 

Tous les 10 ans, l’administration au pouvoir dans les États américains se livre à un drôle de jeu : le découpage des circonscriptions électorales. Relevés de recensement et ciseaux en main, les gouverneurs se livrent à d’habiles arrangements partisans aux contours peu naturels. Ce procédé est connu sous le nom de “Gerrymandering”. Le but est de concentrer au maximum les populations opposées au gouverneur dans les mêmes circonscriptions. En effet, chaque suffrage au-dessus des 50% nécessaires à la victoire est une voix inutile. Parallèlement, le pouvoir en place cherche à rassembler une faible majorité absolue de populations qui lui sont favorables dans un maximum de circonscriptions.

Cette optimisation électorale montre à quel point les données statistiques ont un rôle déterminant, voire pervers, dans la vie politique américaine. Un autre aspect de cette prééminence du big data est l’exploitation des données personnelles des électeurs. A partir de différents types d’informations - habitudes de consommation, hobbies, statut socio-économique -, il est possible de déterminer de façon presque infaillible le bord politique d’un  citoyen. Autant dire que ces données sont une mine d’or pour les politiques. Chez les Démocrates comme chez les Républicains, elles doivent permettre avant tout de mobiliser son propre électorat, plutôt que d’aller chasser sur les terres ennemies. Comme Vincent Michelot s’est efforcé de le démontrer, les “indécis” ou “indépendants”, supposés déterminer l’issue du scrutin, sont un mythe. En réalité, les différences de valeurs et de positions entre les deux grands candidats sont bien trop grandes pour laisser place à la tergiversation. Un état de fait difficile à appréhender en Europe, où l’offre politique est bien plus diversifiée.

A un mois du scrutin, c’est bien cette capacité à faire se déplacer les siens jusqu’aux urnes qui risque de faire défaut à Donald Trump. Le candidat républicain s’est vu distancé dans les sondages par Hillary Clinton après le premier débat. La victoire de la démocrate est l’issue privilégiée par M. Michelot, qui la voit même emporter la majorité au Sénat. Et après la récente divulgation par le New York Times d’une vidéo dans laquelle M. Trump n’est pas loin d’encourager le harcèlement sexuel, nul doute que le reste de la campagne s’annonce bien pénible pour l’homme à la mèche…


Par Zélie Pelletier, Axel Meunier et Sébastien Grob.