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  • Reportage
Mon stage au musée de l’Ermitage (Saint Pétersbourg, Russie)
Avec un titre pareil, on pourrait s’imaginer un stage assez prestigieux, du type auquel on n’accède que si on a la chance d’avoir le beau-frère de la collègue de son cousin germain qui travaille dans le milieu. Détrompez-vous cependant : (presque) rien de plus facile que de devenir bénévole au musée de l’Ermitage, il suffit juste d’en avoir l’idée et d’être prêt à braver les barrières bureaucratiques pour obtenir un visa russe.

En effet, l’Ermitage se trouve à Saint Pétersbourg, dans un ensemble d’anciens palais construits entre le XVIII° et le XIX° siècle et qui ont abrité plusieurs générations de tsars russes entre leurs murs jusqu’à la révolution de 1917. Sauf qu’entre 1917 et aujourd’hui, il s’en est passé des choses en Russie, et plus récemment l’autoritarisme et la politique extérieure d’un certain président à la virilité médiatique ont pu avoir de quoi rebuter les touristes.

Mais Saint Pétersbourg reste une ville à part en Russie, une capitale culturelle au même titre que Paris ou Berlin et qui n’a rien à leur envier du point de vue de la beauté de son architecture ou de la richesse de ses musées. En plus, j’ai eu la chance d’y séjourner pile au moment des dénommées « Nuits Blanches », une période qui dure de mi-mai à mi-juillet pendant laquelle le soleil ne se couche que de 6° à l’horizon (il ne fait jamais complètement nuit et le soleil se lève à trois heures du matin) et à l’occasion de laquelle de nombreux festivals et concerts en tous genres sont organisés dans la ville. Le climat pendant ces mois est également très agréable, loin des -25°C atteints en hiver !

Une fois sur place, j’ai été très bien accueillie au musée par le service des bénévoles qui reçoit de nombreux jeunes de tous les coins du monde au cours de l’année. J’ai ainsi travaillé aux côtés d’étudiants russes mais aussi italiens, chinois, américains…et français ! Ce fut vraiment un avantage de pouvoir nouer des liens avec des personnes connaissant déjà la ville alors que je débarquais pour la première fois en Russie avec un niveau de langue me permettant à peine de commander un borscht au café du coin… Mon but en me lançant dans ce stage était en effet de cumuler immersion linguistique et expérience professionnelle, expérience finalement assez réussie. Pour résumer, au bout d’un mois, j’avais intériorisé assez de réponses préfabriquées pour parer à toutes les situations potentiellement compliquées se présentant à l’épicerie du coin ou dans le métro face à des Russes ne parlant pas du tout anglais, pour mon plus grand désespoir.

Plus sérieusement, la plus grande richesse que j’ai retiré de ce séjour aura été le temps passé à l’Ermitage, dans le bureau des bénévoles comme dans ses innombrables pièces remplies de chefs d’œuvres, principalement de l’art européen, s’étendant de l’Antiquité jusqu’au XX° siècle (bonus énorme du stage, le badge donnant un accès illimité et gratuit à l’ensemble du musée !). Plus grand musée du monde en termes de collections, mais ne comptabilisant que 3 millions de visiteurs annuels face aux 10 millions du Louvre, l’Ermitage met en place tous les ans de nombreux projets et festivals pour tenter de rapprocher le public de ses œuvres, et c’est principalement dans ce domaine qu’interviennent les bénévoles.

N’ayant pour la plupart peu ou pas de connaissances en conservation ou en muséologie, nous ne pouvions participer aux opérations les plus délicates de ces domaines, et avons ainsi travaillé plutôt en rapport avec l’accueil des visiteurs et la communication (à noter tout de même que l’Ermitage organise tous les étés des expéditions archéologiques en Russie, auxquelles les bénévoles sont vivement encouragés à participer). Ainsi, j’ai pu au cours de mon stage aider à l’élaboration d’une chasse au trésor dans le musée visant à faire relier aux visiteurs des œuvres exposées avec des grands films européens, dans le cadre d’un festival sur l’Europe qui se tiendra en septembre prochain, ou bien aider à monter une exposition de vêtements haute-couture du créateur russe Slava Zaïtsev. J’ai également été mobilisée à l’occasion du gala annuel de l’Ermitage, qui accueille tout un gratin de mécènes et de personnalités du monde de la culture russe (mais je n’ai malheureusement pas croisé Poutine ce soir-là…), un évènement qui m’aura surtout permis de goûter le caviar issu des restes du buffet. Globalement, chaque bénévole a pu mettre ses atouts au service du musée, que ce soit dans la traduction en plusieurs langues du site internet du service, lors de brainstormings pour préparer divers évènements ou tout simplement pour aider le personnel de la billetterie à accueillir les touristes étrangers au quotidien.

Les horaires peu contraignants et assez flexibles de mon stage m’ont laissé beaucoup de temps pour partir à la découverte de « Piter » et de ses alentours, même si un mois reste bien trop peu pour apprécier la multitude de musées, le luxe incroyable des palais (j’en ai développé une allergie sévère aux dorures et au marbre), l’animation de la ville à toute heure du jour et de la nuit qui n’en est pas vraiment une, la beauté des parcs et des canaux… Ce fut aussi l’occasion de discuter avec des Russes d’horizons très différents et d’entrapercevoir cette « âme russe » dont on parle souvent, mais qu’on ne peut comprendre autrement qu’en s’y confrontant.

Mais ça, c’est une autre histoire !

par Joanne Hughes

 

Pour en apprendre plus sur le service des bénévoles du musée de l’Ermitage : http://www.benevole.ru