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Cinéma : dans "Mercenaire", Candide est wallisien
En lisant le synopsis de Mercenaire, l’histoire un wallisien émigré en France qui tente de percer dans le milieu du rugby, on pense aller voir un film presque social, sur l’intégration et le monde du sport. Aux dires du réalisateur, le sens du film est pourtant ailleurs. Chassé du cocon wallisien, le héros doit accomplir un long voyage initiatique par-delà les océans, tel un Candide du XXIème siècle.

Titre : Mercenary

Durée : 1 h 44 min

Réalisateur : Sacha Wolff

Date de sortie : 15 octobre 2016

Acteurs principaux :  Toki Pilioko, Iliana Zabeth

Après avoir été tabassé par son père, Soane est chassé de chez lui. A son arrivée en France, c’est la déconvenue. Les problèmes s’accumulent, et Soane s’endette dangereusement. Il sait que s’il revient à Wallis, son père le tuera. Mais le jeune homme va se ressaisir, et devenir peu à peu adulte. Un thème central du film est la relation entre violence et amour : le fils ne connaît que la violence de son père ou de son ennemi. Il évacue cette violence incrustée en lui par le rugby. Parallèlement, Soane est en quête, à travers sa fiancée (son « pendant féminin », selon les termes de la réalisatrice) d’un amour qu’il n’a jamais eu. Le personnage s’affirme au fil du film, naviguant entre amour et violence.  Cette opposition créatrice est poussée jusqu’à son paroxysme lors de la scène finale.

De la salle obscure, on ressort touché par la beauté de certains plans. Que ce soit sous les néons de la boîte de nuit, ou pendant la scène du cimetière, l’effet est saisissant. La représentation de la religion, qui tient une place importante dans la culture wallisienne, achève de donner une touche quasi-mystique à la mise en scène. On pourra toutefois émettre quelques critiques. Certains plans, comme la rupture Calédonie/métropole, sont téléphonés, et d’autres séquences un peu clichés. La scène de fin, quelque peu tirée par les cheveux, fait légèrement penser à un Happy Ending à l’américaine. Abordant un sujet peu traité, Mercenaire reste malgré tout un film très intéressant. Son réalisateur, Sacha Wolff, est indubitablement un talent à suivre.

 

par Alexandre Bogdanoff