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Cinéma : "La Danseuse", L’histoire méconnue de la «fée électrique» du siècle dernier
Premier film de Stéphanie di Giusto, La Danseuse nous plonge dans un univers féerique et lointain. On part à la découverte du destin méconnu de Loïe Fuller, pionnière de la danse moderne du siècle dernier. Le numéro de la « fée électrique » est une fête pour les sens.

 

Enveloppée dans des longs tissus de soie, Loïe Fuller associe sa danse tournoyante à un jeu de lumières colorées. Loin des schémas rigides de la danse classique, elle incarne l’idéal contemporain de l’artiste avant-gardiste de la ville-lumière. Malgré son statut de muse auprès de nombreux artistes et poètes de l’époque (Mallarmé et Rodin), elle sombre bientôt dans l’oubli, détrônée par Isadora Duncan.

Le film est centré autour de l’opposition entre ces deux figures, qui s’attirent et se repoussent comme des aimants. Stéphanie di Giusto souligne le rapport tumultueux entre Isadora Duncan (Lily-Rose Depp), la danseuse par excellence, et Loïe Fuller (Soko), inventrice et visionnaire qui ne pourra jamais être une danseuse au sens strict du terme. Le jeu d’acteur de Soko est remarquable. Elle réalise elle-même tous les mouvements de danse et transmet toute la fragilité du personnage principal : déesse sur scène, elle n’est en dehors qu’une commune mortelle au physique ingrat et souffrant. Les efforts physiques lui brisent le dos et la puissance des éclairages lui brûle les yeux, mais elle ne vit que pour son art. Elle se réfugie dans la complexité et les dangers des dispositifs électriques, alors que l’atout de sa rivale est inné et immédiat.

Le décor nous transporte dans l’atmosphère du XIXème siècle, tout en gardant une certaine nostalgie de l’époque hellénique et romaine. Les dialogues sont volontairement très peu travaillés et courts. Ce choix de la réalisatrice laisse la possibilité aux spectateurs d’interpréter les mimiques des acteurs, et d’apprécier les prouesses chorégraphiques, non retravaillées en post-production. Malheureusement, Stéphanie di Giusto n’explore pas pleinement la dialectique entre ces deux personnages, se focalisant trop sur l’histoire de Loïe. Le scénario est complexe et soucieux du détail. Un bémol est le jeu d’acteur de Lily Rose-Depp, qui ne montre que la façade superficielle et vaniteuse du personnage d’Isadora Duncan. Gaspar Ulliel est également assez décevant en aristocrate déchu et vampirique. Vainqueur du prix ‘Un certain regard’ à Cannes, ce film envoutant et gracieux vous donnera néanmoins de fortes sensations visuelles et sensorielles. Vous ne serez pas prêts d’oublier le « papillon électrique ».

La Danseuse, de Stéphanie di Giusto. Avec Soko, Lily-Rose Depp, Gaspard Ulliel. Durée : 1h48min. Date de sortie : 28 septembre 2016.