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  • Reportage
A la Fête de l’Humanité, la gauche rêve d’avenir
Chaque année, la Fête de l’Huma voit converger ses fidèles des quatre coins de l’Hexagone, rassemblés en un grand pèlerinage idéaliste. A l’heure de la montée du FN et de la prédominance des questions d’identité et de sécurité sur les enjeux sociaux, la communion apparaît d’autant plus vitale. Reportage.
  • Photographies de Philippe Pernot
  • « Alerte d’Humanité : 1% de la population concentre 90% des richesses. 99% n’ont presque rien ». Episodiquement, la voix résonne dans les travées de la Fête de l’Huma. Les slogans qu’elle clame sonnent aux oreilles de la foule comme autant de rappels de ce qui l’unit. Autant de valeurs communes au peuple de gauche.
  • Des chapiteaux des sections départementales du PCF encadrent les allées. Ils viennent rappeler l’identité de la Fête de l’Humanité, telle que définie à sa création : communiste et étroitement liée au parti. Pour autant, l’événement dépasse aujourd’hui largement les frontières du PCF et de son journal. Alors que l’édition 2016 de la Fête de l’Huma a rassemblé environ 450 000 participants, le parti compte moins de 140 000 adhérents. Le journal L’Humanité n’affiche quant à lui que 50 000 lecteurs quotidiens.
  • En s’enfonçant toujours plus dans le dédale de la Fête, on entre dans le Village du monde. Ici, des sympathisants venus des quatre coins du globe, de Cuba à la Palestine en passant par le Maghreb, partagent avec les festivaliers leurs idées, leurs traditions et leurs spécialités culinaires. En naviguant entre les stands colorés, on part à la découverte des cultures.
  • Quand la nuit tombe, la foule se presse autour de la Grande scène. Depuis les premiers concerts lors de l’édition de 1936, la Fête s’est affirmée au fil des années comme un événement musical majeur. Moins riche en têtes d’affiche que celles des années précédentes, la programmation de cette année est restée attractive : Michel Polnareff, The Avener, The Chemical Brothers ou encore Lauryn Hill étaient notamment au rendez-vous.
  • « Les classes possédantes ont la main sur l’art. La culture de haute valeur met en cause des rapports de domination, fruits des injustices du monde capitaliste. Il faut créer une culture que la bourgeoisie ne peut pas s’approprier, parce qu’elle est l’expression d’une révolte ». Michel et Monique Pinçon-Charlot étaient invités à s’exprimer après la représentation en avant-première de la pièce La violence des riches, adaptation théâtrale du livre éponyme. Comme les sociologues, de nombreux intervenants – hom
  • Ces réunions sont l’occasion de prises de paroles parfois enflammées des festivaliers. Dans un contexte de tensions, le dialogue est d’autant plus nécessaire. « Les débats ont attiré énormément de monde, confirme Caroline Constant, journaliste à L’Humanité. On sent un besoin de parler. »
  • Lors d’un débat sur l’avenir de l’Europe, deux trublions unissent leurs forces. A droite, le drapeau de Syriza. A gauche, une pancarte sur laquelle on peut lire : « Peuples debout ».
  • A la Fête de l’Huma, la lutte ne passe pas que par des mots : elle s’affirme aussi par l’image. En arrière-plan, l’exposition Attention, travail d’Arabe, qui détourne les clichés racistes avec les codes de la publicité.
  • « On vient depuis 27 ans à la Fête. Peu à peu, nous nous sommes regroupés avec d’autres Allemands, et maintenant nous sommes 25 à partager une tente. Des inconditionnels viennent avec leurs enfants depuis toujours. Aujourd’hui, certains de ces enfants sont devenus grands et perpétuent la tradition. » Roland Schröter, rencontré au stand de die Linke, est venu spécialement de Berlin pour participer à la Fête de l’Humanité.
  • Dimanche, en fin d’après-midi. Après le concert de Souchon et Voulzy, la vague gauchiste se retire, laissant derrière elle une scène de désolation. Alors que divers déchets demeurent jonchés sur le sol, chacun se dirige vers la sortie, espérant ne pas avoir à attendre trop longtemps la navette qui le ramènera chez lui.
  • Photographies de Philippe Pernot, textes de Sébastien Grob