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Des murmures à l’appel à la jeunesse
C’était une visite attendue et la salle comble lui semblait acquise. Sortie de son silence, l’ancienne Garde des Sceaux a tenu à répondre présente à l’invitation des élèves du campus franco-allemand de Sciences Po Nancy. L’occasion également de s’adresser directement à la jeunesse pour qui elle se dit “prête à tout”.
  • Photographies de Philippe Pernot
    Photographies de Philippe Pernot
  • Photographies de Philippe Pernot
    Photographies de Philippe Pernot
  • Portrait de Christiane Taubira par Laura Damblemont
    Portrait de Christiane Taubira par Laura Damblemont

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« Je sais ce que je vis, je le fais par choix ».

C’est sur la place de la gauche dans la vie politique que l’ancienne député européenne a commencé son intervention. Christiane Taubira a ainsi souligné l’objectif principal de la gauche : défendre les travailleurs victimes des lois et des conditions de travail. Elle a insisté sur la nécessité de poursuivre ce combat.

L’ancienne ministre a répété à plusieurs reprises sa fierté de faire partie de la gauche sous les applaudissements de son auditoire : « Je sais ce que je vis, je le fais par choix. C’est pour cela que j’aime sensuellement la politique » . Une force politique qui n’a cessé, selon elle, à chaque fois qu’elle a été au pouvoir de « réformer », et de « donner des chances à tous ». Elle fait référence à plusieurs reprises sans le nommer à l’idéal de démocratie sociale de Tocqueville : « La gauche a toujours un souci de justice sociale avec une ambition d’égalité ». Elle a cependant rappelé que la gauche est aujourd’hui confrontée à de fortes contraintes.

Plus surprenant, Christiane Taubira a insisté sur la nécessité d’une réflexion à plus grande échelle : « La gauche doit chercher à s’internationaliser, c’est ce qui lui a permis d’exister dans le passé ». Selon elle, il faut quitter l’économie de productivité et de rentabilité pour se tourner vers une économie solidaire, un échange entre cultures et entre peuples. Toujours dans un esprit d’unité, elle a imploré la droite de redevenir républicaine, rappelant sa capacité à unifier, tout en soulignant qu’elle ne cherche pas à diaboliser la droite actuelle.

« Votre territoire, c’est l’Europe et votre horizon, c’est le monde »

Dans la suite de son intervention, Christiane Taubira s’est dite très « triste » de voir qu’un tiers des 18-25 avaient voté pour le Front National aux dernières élections. Elle a souligné qu’il était anormal qu’elle soit confrontée à la désillusion actuelle. Mais elle s’est aussi montrée très ferme vis-à-vis du choix du repli, le qualifiant d’« erreur déontologique ».

Interrogée sur le résultat du référendum britannique sur la sortie de l’Union européenne, elle a soutenu la jeunesse qui a voté majoritairement pour le remain : « son territoire c’est l’Europe et son horizon c’est le monde ». C’est par cette formule, martelée tout au long de son intervention que Christiane Taubira a appelé la jeunesse à réaliser ses propres rêves. Elle a au passage tenu à défendre l’idée d’une Union européenne qui « ne dissout pas les cultures nationales » tout en rappelant le risque de dislocation.

Selon l’ancienne député européenne, « chaque génération fait son destin » et regrette que sa génération ait fait le sien trop longtemps. Ce n’est pas pour autant qu’elle appelle à une rupture brutale. Elle qui, ne croit pas en un « messianisme politique » invite à une aventure collective. C’est sur le même ton d’optimisme et de combativité qu’elle exhorte les étudiants à la fin de son interventions : « Vous n’avez pas le droit d’être moins bien que nous ! ».

Une intervention qui se termine sous les applaudissements nourris de son jeune auditoire, bien que tous ne soient pas unanimes. Certains regrettent son penchant pour les paroles consensuelles et lui reprochent de ne s’être que peu compromise, notamment sur le cas de l’affaire Adama Traoré.

Si les avis globalement positifs recueillis auprès des élèves permettent de qualifier de franc succès la visite de Christiane Taubira, certaines réactions extérieures relèvent d’un tout autre registre.

Un tweet étudiant reprenant une citation de l’ancienne Garde des Sceaux qui qualifie de « déviance » le vote FN, a ainsi rapidement été épinglé par Florian Philippot, vice-président  du Front National. S’en est rapidement suivi une nuée de tweets en réponse, propulsant le hashtag #ScPoTaubira dans le top 10 des « trending topics » français.

Dans un second temps, le magazine Valeurs actuelles a pu nous montrer toute la place qu’il accordait à la déontologie journalistique. Jusqu’à preuve du contraire, aucun de leurs journalistes n’était présent à la conférence ce jeudi. Pour uniques sources factuelles, deux tweets, soit deux phrases, ont été sélectionnés sans se préoccuper du contexte. Et ceci, dans l’unique but de lâcher sa vindicte à l’encontre de Madame Taubira, sans se soucier des faits et du contexte de ces propos. Nous en voulons pour preuve le choix d’une photographie provenant de l’AFP pour illustrer cette brève. Il s’en est fallu d’un cheveu pour que l’identité de la personne auteure du tweet ne soit mentionnée.

 

par Thibaut DE MAISTRE (Europe'N Roll)

 

 

Notre interview de Christiane Taubira